Réseaux de femmes pour grimper les échelons

Les réseaux professionnels féminins sont en plein essor. À l'extérieur, mais surtout à l’intérieur des entreprises. Mot d'ordre : solidarité, parité et conquête du pouvoir. Rencontre avec des pionnières de choc.

Women at Sodexo, Coke’ttes, Felink… Depuis quelques années, les réseaux professionnels créés par et pour les femmes ne cessent de croître et se déclinent désormais par secteur ou par fonction. Cadres, élues, anciennes des grandes écoles, franc-maçonnes, dirigeantes de société, scientifiques... Toutes s'organisent en réseaux. Dans leur besace, un panel d’outils –  échanges, conseils, « réseautage », formations, coaching, mentoring, etc. – pour permettre à leurs membres de prendre leur destin professionnel en mains et ainsi de booster leur carrière.

Plus ou moins formelles, plus ou moins discrètes, leurs associations sont parfois internes à l’entreprise, voire affiliées à de puissants lobbys européens ou mondiaux. Rien qu'en Belgique, on dénombrerait aujourd'hui trois bonnes centaines de clubs et autres cercles exclusivement féminins. Les femmes découvriraient-elles à leur tour les charmes discrets des réseaux de pouvoir et d'influence ? Le discours sur la cause des femmes a changé. Dans les entreprises, elles continuent de se sentir comme des immigrés de deuxième génération. Elles sont découragées, surtout à la trentaine, où tous les défis de la vie personnelle et professionnelle se présentent en même temps, constate Chantal Goossens, directrice des canaux de vente de Coca-Cola Enterprises Belgium et présidente des Coke’ttes, le réseau des femmes interne à l’entreprise. D'ateliers en déjeuners-débats, sur des thèmes aussi concrets que le personal branding, le leadership ou la gestion du changement, le réseau multiplie les points de rencontre entre ses membres. Objectif : gagner en assurance et en autonomie, et se hisser aux postes-clés. Y arrivent-elles ? Au cours des quatre dernières années, le nombre de femmes aux postes à responsabilité a crû de 6 % à 39 %, explique la directrice. Mais les objectifs sont nombreux : en 2014, la proportion de femmes dans l'encadrement de Coca-Cola Benelux devra passer à au moins 33 %. Actuellement, elle est de 18 %. Une course aux quotas ? Non, nous souhaitons simplement être le reflet de la société. Dans toute sa diversité.

Sur les dizaines de jeunes diplômés embauchés par Deloitte en Belgique, la moitié sont des femmes. Ce souci de parité a cependant bien du mal à perdurer. Les femmes restent sous-représentées aux postes à responsabilité, relève Tom Declercq, Managing Partner chez Deloitte.  Elles ne constituent que 7 % des associés. Alors, pour inverser la tendance et briser le  « plafond de verre » auquel se heurtent les femmes, Deloitte a mis en place un réseau qui vise à rétablir un équilibre, d'abord pour les grades de manager et de senior manager, puis au sein du partnership. À la base, comme l'explique Tom Declercq, un constat : les femmes sont autant armées pour être de brillantes élèves et collaboratrices... que « désarmées » ou « candides » pour décrypter les mécanismes d'ascenseur en entreprise. Autrement dit, elles excellent dans le « savoir-faire », mais pèchent dans le « faire-savoir ». Dès lors, il faut les aider à admettre que l'autopromotion n'est pas une compromission, mais le jeu naturel de la vie en entreprise. Au programme : accompagnement des quelques femmes associées du cabinet, coaching des consultantes à potentiel... Les résultats sont tangibles : en 2012, le pourcentage des femmes à des postes de seniors managers était de 34 % contre 29 % en 2008 et 25 % à des postes de direction contre 14 % en 2008.

Un lobbying doux

Dernier né de la grande famille des réseaux professionnels pour les femmes, le réseau Women at Accor Generation (WAAG) a été lancé par le premier opérateur hôtelier au monde. Son objectif : lutter contre les stéréotypes de genres et compter, à terme, une stricte parité, avec un objectif intermédiaire de 35 % en 2015. Nous avons actuellement 76 hôtels dans notre réseau. Dans 24 hôtels, c’est une femme qui est directrice, soit un pourcentage de 31,5 %, explique Willemijn Martens, Procurement Director chez Accor Belux. Nous savons que les équipes mixtes sont plus innovantes et plus efficaces. Le but de Women at Accor Generation est avant tout de donner confiance aux femmes en leur potentiel, de les inciter à oser et de les accompagner dans cette démarche. Pour ce faire, un comité est organisé pour, entre autres choses, coordonner les actions menées dans les différentes régions. Les initiatives sont pensées de façon collaboratives et pilotées localement, précise Willemijn Martens. Pour être efficace, il faut travailler sur des questions précises comme l’articulation des horaires de travail ou les gardes d’enfants.

Chez Sodexo, Françoise Leonardo, responsable RH, souligne que le but n'est plus de faire entrer des femmes dans l'entreprise – qui composent déjà 56 % des effectifs –, mais de faire évoluer les femmes vers un poste de management. Les résultats se font déjà sentir. À l'heure actuelle, seulement 18 % de femmes font partie des 300 top managers de l’entreprise. Nous nous donnons jusqu'à 2015 pour tenter d'atteindre 25 %, ajoute-t-elle. Afin de s'assurer que les cadres s'appliquent dans la promotion des femmes, la société a décidé de lier une partie de leur bonus à leur performance, évaluée qualitativement et quantitativement dans ce domaine. Le pourcentage est de 15 % pour les middle managers et de 25 % pour les top managers, et ce, quelle que soit la performance financière de l'entreprise. L’autre défi sera ensuite d’élargir leur cible. Très centrés sur la progression de carrières et la diversité dans les hautes sphères de l’entreprise, les réseaux oublient trop souvent les femmes qui se situent en bas de l’échelle. Les femmes non-cadres ont d’autres problématiques, comme la précarité ou le harcèlement, pour lesquelles le soutien des syndicats n’est pas toujours suffisant.

En quoi les réseaux féminins sont-ils importants ?
Isabella Lenarduzzi, fondatrice du forum Jump

"C’est indispensable ! Souvent, les femmes ne savent pas « réseauter » parce qu’à la fin de leur journée de travail, elles rentrent dare-dare pour acheter le pain, chercher les enfants, etc. Or, le réseau est capital, on estime que 60 % à 70 % des emplois sont trouvés par des mises en relation. Cela dit, on voit de plus en plus de réseaux féminins où l’on parle entre autres des postes à pourvoir. Encore faut-il avoir un conjoint conciliant, de manière à dégager du temps pour ces clubs, en plus de sa journée de travail."

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