Rétro 2013 : tops et flops RH de l’année

Aucun doute : en matière de travail et d'emploi, 2013 n'aura pas été une année simple. Dans le rétroviseur : quelques vraies réussites, des kleenex et de grands écarts. Quelles sont les tendances à suivre pour décoller en 2014 ?

LES NOUVEAUTÉS

Profils : le triomphe de l'hyperspécialiste

Dans tous les secteurs, les emplois sont de plus en plus spécialisés et plus compliqués. Cette réalité s'est particulièrement cristallisée en 2013. Vous êtes au chômage depuis six mois, malgré votre master en droit ? C'est normal. Parce que les employeurs ont placé la barre tellement haut, que ce n'est plus suffisant, témoigne Noémie, chercheuse d'emploi de 28 ans. Aujourd'hui, même les agents d'Actiris sont formels : sans trilinguisme, sans expérience, sans spécialisation, vous ne trouverez pas de poste intéressant. Certes, avec l’accentuation des réglementations, les fonctions liées au risque, à la compliance et à l’audit sont devenues beaucoup plus sophistiquées. Mais le constat vaut désormais dans d’autres secteurs. Par exemple, les ressources humaines ont toujours été décrites comme une zone de généralistes. Seulement, aujourd’hui, un département RH peut compter huit avocats internes pour faire face à toutes les questions de droit du travail. Si nous recrutons un avocat interne, nous sommes automatiquement à la recherche d’une expertise en droit du travail, en droit international ou en droit transfrontalier des brevets informatiques, confie le spécialiste du recrutement Sir Robert Walters. Pour cet observateur privilégié, à terme, le profil généraliste va disparaître. Son seul moyen de survie sera de lancer sa propre activité, prédit-il.

Apps : Prezi, le PowerPoint killer

Qui n’a pas subi la verve soporifique d'un collègue usant et abusant de diapositives PowerPoint ? Qu'il s'agisse de discuter d'un produit, de visualiser son ROI ou de vendre un projet, entre collègues, partenaires, fournisseurs ou clients, tout passe par le « .ppt ». Aujourd’hui, on n'en peut plus. On n'en veut plus ! Heureusement, les présentations PowerPoint ne sont pas, dans les entreprises, le seul moyen homologué de faire part de sa pensée. Plus adaptés au cerveau humain, plus ludiques, les « PowerPoint killers » fourbissent leurs armes. Et comme une insurrection de velours, en 2013, le salut est venu de l'Est. Made in Budapest, le soldat se nomme Prezi. Son principe : ni litanie ni diapos, mais une surface infinie où l'on navigue intuitivement d'une partie à l'autre de l'écran par des fondus enchaînés, des mouvements de rotation et des zooms. Comme sur une tablette tactile. Il est bien entendu possible d'y ajouter du texte, des images ou des vidéos. Gratuit, et 100 % web, Prezi permet également d'explorer et de s'inspirer des présentations réalisées par sa communauté. Après cinq ans d'existence, le succès de la startup est fulgurant : déjà 170 employés, un bureau à San Francisco, un autre en Corée et 30 millions d'utilisateurs.

Bien-être : la pleine conscience et la Wisdom 2.0

Assis ou debout, se relaxer en restant conscient de son corps et de l'environnement extérieur... En marge de la vogue pour le développement personnel, 2013 a vu une nouvelle vague « zen » souffler sur le management occidental. Et au centre de ces passerelles entre « sagesse » et business, la « pleine conscience ». De quoi s'agit-il ? D'une pratique méditative centrée sur le souffle, capable de réduire le flot de pensées et renforcer les capacités d'attention. Et donc, de prise de décisions. Un entraînement de l'esprit plus laïque que la méditation, donc plus rassurant. Chez Google, c'est un top manager qui enseigne la technique à ses employés : 10 secondes de méditation par heure. Avec son programme optionnel Search Inside Yourself (Cherchez en vous-même), l'entreprise a touché plus d’un millier de salariés. Des études menées dans des laboratoires de neurosciences montrent que, pratiquée de façon régulière, la méditation modifie la structure du cerveau et notre manière de penser. De la même manière que la pratique sportive modifie en profondeur notre santé et notre psychisme, explique le célèbre moine Matthieu Ricard. Aux États-Unis, des centaines d’hôpitaux pratiquent la « pleine conscience » pour aider les patients à surmonter leur stress, leur anxiété, leur douleur et leur maladie. Et, depuis plusieurs années, les équipes de Jon Kabat-Zinn enseignent les techniques de mindfulness dans l’entreprise. Les cadres s’aperçoivent que c’est excellent pour leur motivation. La méditation leur apporte davantage d’espace dans leur esprit pour qu’ils prennent des décisions plus humaines, plus altruistes, affirme Matthieu Ricard.

LA TENDANCE MAJEURE

Recrutement : CV et médias sociaux deviennent indissociables

On le sait : sous l'impulsion du numérique, les canaux de recrutement se multiplient. Ce qu'on sait moins, c'est que tous les réseaux sociaux ne font pas encore l'unanimité. Si 97 % de tous les professionnels du recrutement utilisent LinkedIn dans leur recherche de candidats, seuls 25 % ont déjà embauché un salarié via Facebook et 15 % via Twitter. Et en tout, seuls 10 % des jobs sont comblés via les réseaux sociaux, indique ManpowerGroup dans une étude récente. L'étude révèle un décalage entre les usages d'entreprises plutôt méfiantes vis-à-vis d'outils qui obligent à repenser les méthodes de recrutement, et des candidats de plus en plus nombreux à faire confiance à ces nouveaux outils. Et pourtant : Le web devient le nouveau CV, et les réseaux sociaux les références des candidats, observe David Ducheyne, Chief People Officer chez Securex. En matière d’embauches, par exemple, le CV est appelé à fusionner avec le web : Le CV se digitalise. Et avec lui, tout le sourcing des candidats, explique Sarah De Donder, directrice RH de ManpowerGroup BeLux. Aujourd’hui, un recruteur vous juge avant tout sur vos profils LinkedIn, sur les résultats d’une recherche Google et sur vos tweets. L’avantage ? Bien exploités, ils se lisent comme un livre ouvert. À travers des mots-clés, ils permettent de cibler plus vite les candidats, explique Sarah De Donder. Avec elle, de nombreux spécialistes observent l'avènement du « CV social ». Connecté, bien thésaurisé et réactif aux mots-clés, il pourrait donner le coup de grâce au CV papier.

LES BIG FLOPS

Diversité : l'écart salarial entre hommes et femmes

Soixante-cinq ans après l'obtention du droit de vote, en Belgique, une femme gagne 10 % de moins par heure qu'un homme. De très nombreuses femmes travaillant à temps partiel, cet écart salarial se creuse encore si on le calcule sur base annuelle : 23 %. Dans l'Union européenne, il se situe à 16,2 %. Converti en jours calendrier, ce chiffre signifie que les femmes en Europe travaillent annuellement 59 jours « pour rien ». Soit 1,1 % de moins qu'en 2007. Mais en Belgique, toujours pas de progrès. Et si on prend en compte les avantages extralégaux dans le calcul de l’écart salarial entre hommes et femmes, ce dernier augmente considérablement au désavantage des travailleuses. Des exemples ? Les employeurs paient une pension complémentaire à 9 % des travailleuses et à 12 % des travailleurs. Les montants des pensions complémentaires sont, en moyenne, 41 % moins élevés pour les femmes que pour les hommes. La différence de revenu pour l’indemnité de trajet domicile-travail se situe en moyenne à hauteur de 28 % au détriment des femmes.

Travail des jeunes : la Belgique, cette dernière de classe

C'est une bombe sociale. Et l'Europe entière essaie d'y faire face. Fin 2012, le taux de chômage des moins de 25 ans culminait à 22,8 % dans l’Union européenne. Avec quelques variations : de 8,1 % en Allemagne à 55,3 % en Grèce. Avec ses 19,8 %, notre pays n’est donc pas le plus mal loti. Par contre, en Belgique, la proportion des jeunes parmi les chômeurs est la plus élevée. Selon une enquête de l’Institut de recherches économiques et sociales de l’UCL, le rapport entre le taux de chômage des moins de 25 ans (19,8 %) et celui des plus de 25 ans (6,8 %) est de 2,9. En d'autres termes, il y a presque trois fois plus de chômeurs chez les plus de 25 ans. C’est plus qu’en Grèce (2,8), qu'en France (2,7) ou qu'en Espagne (2,3). Seule l’Allemagne s'en sort avec les honneurs. Son ratio n'est que de 1,4. Bizarrement, c'est pourtant en Flandre que le rapport est le plus élevé : il est de 3,3 contre 3,1 en Wallonie et 2,2 à Bruxelles. Mais ce mauvais score du nord du pays s’explique notamment par son taux de chômage des plus de 25 ans, un des plus faibles en Europe.

4 compétences pour booster votre employabilité

Agilité

Introduisez une notion essentielle dans votre carrière, à savoir la mobilité. Cette notion recouvre plusieurs dimensions : mobilité professionnelle, intellectuelle et géographique. Elle entre en résonance avec l'évolution du marché du travail, caractérisé par la nécessité de s'adapter en permanence aux exigences des entreprises, des marchés et de l'innovation. Entre la flexibilité du travail et les missions en « mode projet », la compétence de demain dans la gestion d'un parcours professionnel, c'est l'agilité.

Solution

Alors que les machines intelligentes se multiplient et domineront notre quotidien au travail, il devient de plus en plus impératif de s'en démarquer. Le professeur du MIT David Autor, qui étudie la polarisation des emplois aux États-Unis, estime qu'ils seront soit très qualifiés, aux tâches abstraites, soit peu qualifiés, aux tâches manuelles. Mieux vaut donc se préparer à entrer dans la première catégorie. Savoir innover, créer, solutionner permettra de nous distinguer des machines.

Interaction

Terminé PowerPoint ! Avec des outils comme Prezi, la présentation du futur sera immersive et visuellement engageante. L'employé doit dès à présent maîtriser des outils vidéo simples pour communiquer de façon efficace. Une présentation se décrira avec le vocabulaire audiovisuel. Le travailleur de demain devra donc maîtriser des outils comme les réseaux sociaux, les blogs et les médias qui n'existent pas encore, pour retenir l'attention de ses publics : patrons, collègues, clients...

Transdisciplinarité

La formation tout le long de la vie professionnelle est plus que jamais nécessaire. Car, à l'avenir, être spécialisé dans une seule discipline ne suffira pas, aussi érudit que l'on soit dans son domaine. À l'instar des nanotechnologies qui combinent plusieurs disciplines (biologie moléculaire, biochimie…), il sera utile d'avoir des connaissances approfondies dans plusieurs branches. Le travailleur de demain aura la forme d'un T, c'est-à-dire qu'il sera spécialiste d'une discipline et expert des autres.

CEO de l'année 2013

Les meilleurs                                             et les pires

1. Jeff Bezos, Amazon                                  1. Eike Batista, EBX/OGX/OSX (Brésil)

2. Akio Toyoda, Toyota                               2. Ron Johnson, J.C. Penney

3. Pony Ma, Tencent (Chine)                        3. Thorsten Heins, BlackBerry

4. John Idol, Michael Kors                            4. Eddie Lampert, Sears Holdings

5. Reed Hastings, Netflix                               5. Steve Ballmer, Microsoft 

source : classement annuel établi par la Tuck School of Business, USA.

Notre coup de cœur

Un CV figurine

C’est le CV le plus créatif de l’année : une figurine - baptisée GI Jens -, créée à partir d’une imprimante 3D. Son auteur, le Suédois Jens Lennartsson, est photographe. Il a fait fabriquer 400 exemplaires de son « mini-moi » et les a envoyés en guise de CV avec, glissé dans le carton d’emballage, ses compétences précisées sur le mode d’emploi. GI Jens aidera-t-il son créateur à décrocher un emploi ? Le photographe l'espère, mais compte aussi vendre ses miniatures pour financer un projet humanitaire d'animation d'ateliers de photographie dans les pays émergents.

 

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