Sortir des modes traditionnels de recrutement

Rédigé par: CAROLINE DUNSKI
Date de publication: 20 oct. 2022
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Alors que l’envolée des prix de l’énergie et l’indexation des salaires pourraient ralentir les recrutements, les demandeurs d’emploi bruxellois inscrits chez Actiris sont invités à augmenter leurs compétences linguistiques et numériques.

Le 1er décembre 2021,Cristina Amboldi devenait directrice générale d’Actiris, l’Office régional bruxellois de l’emploi, dont elle a gravi les échelons depuis son arrivée en 1999 comme adjointe à la direction IT, avant de rejoindre le cabinet du ministre bruxellois de l’Emploi et de la Formation, en 2014.

CEO actiris

Cristina Amboldi, directrice générale d’Actiris

Quels sont les défis que rencontre le marché bruxellois de l’emploi, compte tenu de ses caractéristiques et de la conjoncture ?

Je commencerai par une note positive dans le sens que nous avons atteint le niveau le plus bas de demandeurs d’emploi inscrits auprès d’Actiris depuis 10 ans.

Actuellement, il y a 88.086 chercheurs d’emploi inscrits, alors qu’il y a une dizaine d’années on était à 109.789. Il y a donc une nette amélioration. Mais il ne faut pas occulter les défis que nous rencontrons et qui sont essentiellement marqués par la crise du Covid que l’on a connue. Elle a provoqué une forte hausse des offres d’emploi et une réelle pénurie pour un certain nombre de secteurs. À côté de ça, il y a un certain nombre de chercheurs d’emploi qui n’ont pas les compétences pour pouvoir accéder à ces emplois.

Quelles sont les compétences sur lesquelles Actiris insiste ?

La plus grande difficulté détectée concerne les compétences linguistiques, ce n’est pas nouveau. On est en train de travailler dessus de manière intense. Au niveau du gouvernement bruxellois, il y a cette volonté d’instaurer l’obligation de faire un bilan de compétences linguistiques et numériques pour tous les nouveaux chercheurs d’emploi inscrits et les chercheurs d’emploi de longue durée. L’application Brulingua fait ses preuves. Elle permet aux chercheurs d’emploi d’apprendre une langue via cette application qui est très «user friendly» et très facile d’accès.

Nous sommes très fervents de tout ce qui est parcours formation emploi, c’est-à-dire des parcours de formation créés sur mesure pour un employeur, avec nos partenaires Bruxelles-Formation et VDAB. Et donc, l’employeur fait partie dès le départ, du processus de sélection des candidats pour entrer en formation et, si la formation se termine positivement, il y a une offre d’emploi derrière. C’est un dispositif qui porte ses fruits et que nous essayons de développer au maximum.

Mais cette application n’est pas accessible aux personnes victimes de la fracture numérique.

C’est la raison pour laquelle on va aller vers des bilans de compétences linguistiques et numériques. La crise du Covid a accéléré la digitalisation et donc nous sommes conscients qu’il faut agir à ce niveau-là et donner aux gens la possibilité d’acquérir les compétences de base numériques, tant pour leur recherche d’emploi et que pour la vie de tous les jours.

Il est important de souligner aussi que ce n’est pas parce qu'on réfléchit à tout ce qui concerne le numérique qu’on va laisser tomber la dimension humaine. Nous sommes un service public d’emploi et nous devons pouvoir accueillir tous les chercheurs d’emploi, même les personnes les plus fragilisées. L’aspect humain sera donc toujours au centre de toutes nos actions.

Justement, comment allez-vous faire face aux impacts de la crise énergétique sur le marché de l’emploi ?

En effet, l’impact de la crise énergétique lance déjà ses premiers signes, mais le fait d’avoir des mesures fédérales comme le chômage temporaire permet d’éviter les licenciements secs et de canaliser les conséquences négatives sur le marché de l’emploi. Actiris pourra «profiter» de ce moment-là pour permettre aux gens de se former un maximum et activer leurs compétences, en collaboration étroite avec Bruxelles-Formation et le VDAB (ndlr: service d’emploi public de la Flandre). Avec la crise Covid, Bruxelles-formation avait digitalisé un certain nombre de formations, que ce soit pour les chercheurs d’emploi ou pour les travailleurs et je crois qu’on peut continuer sur cette lancée-là.

Quelles sont les grandes tendances en matière de demandes et d’offres d’emploi ?

En termes d’offres d’emploi reçues chez Actiris, nous avons constaté une forte hausse depuis mars 2021. C’est à nous de faire le matching entre ces offres et les demandeurs d’emploi. Des salons de l’emploi comme Job Fair et tout autre salon, ce n’est que du positif. Dans cette dynamique, Actiris est là pour ouvrir le champ des possibles. Le marché du travail et la façon de recruter sont en train d’évoluer. La rencontre physique d’un employeur et de candidats potentiels ne peut être que positive.

Ça va permettre aux gens de sortir de leur mode traditionnel de recrutement et, par exemple, de permettre à une personne hyper-motivée, mais ne disposant pas des compétences piccobello, de rencontrer un employeur potentiel.

Quelles sont ces nouvelles façons de faire en matière de recrutement ?

Il y a toute une série de dispositifs. Nous sommes très fervents de tout ce qui est parcours formation emploi, c’est-à-dire des parcours de formation créés sur mesure pour un employeur, avec nos partenaires Bruxelles-Formation et VDAB. Et donc, l’employeur fait partie dès le départ, du processus de sélection des candidats pour entrer en formation et, si la formation se termine positivement, il y a une offre d’emploi derrière. C’est un dispositif qui porte ses fruits et que nous essayons de développer au maximum.

Quelles sont les attentes des employeurs à l’égard d’Actiris ?

Une enquête réalisée auprès de 1000 employeurs dans le cadre de la Garantie solution employeur montre qu’ils souhaitent avoir facilement accès aux informations sur les dispositifs et les aides à l’emploi. Ils sont aussi demandeurs de webinaires.

Quelles sont les dispositions prises depuis la publication, en février dernier, de l’Analyse annuelle conjointe d’Actiris-VDAB ?

Les deux ministres de l’emploi, le ministre Brouns en Flandre et Clerfayt en Région bruxelloise, ont clairement affirmé leur volonté d’augmenter le nombre de Bruxellois allant travailler en Flandre. Ils se sont fixés comme objectifs qu’il y ait chaque année 2000 Bruxellois supplémentaires.

La collaboration avec le VDAB se renforce constamment et les opportunités d’emploi en périphérie bruxelloise, et en particulier en Brabant flamand, répondent particulièrement aux profils de nos demandeurs d’emploi peu ou moyennement qualifiés.

Nous lançons donc une campagne de sensibilisation appelée «Binnen de ring» et organiserons bientôt un Jobday Aviato, où il y a plus de 9000 offres d’emploi. Nous stimulons les demandeurs d’emploi à y prendre part en indiquant qu’il y a de nombreuses opportunités, même sans être bilingue, et qu’il est aussi possible d’apprendre une langue sur son lieu de travail.

Comment Actiris gère l’arrivée de réfugiés ukrainiens sur le marché de l’emploi bruxellois ?

Le Gouvernement bruxellois a mis en place une stratégie régionale d’intégration des réfugiés ukrainiens qui englobe toute une série de chantiers, puisque les problématiques sont variées, et parmi ceux-ci il y a un chantier sur l’emploi. 1789 Ukrainiens sont inscrits auprès d’Actiris. Nous avons recruté un «SPOC» (ndlr: «Single Point of Contact»), une personne ukrainienne qui fait le lien entre Actiris et la communauté. Par exemple, elle informera la communauté ukrainienne de l’organisation du Job Fair pour que les personnes bénéficiant de la protection temporaire puissent y participer. L’application Brulingua a également été adaptée en ukrainien.

La grande difficulté rencontrée par les Ukrainiens comme par les autres chercheurs d’emploi étrangers est la question de l’équivalence des diplômes. Depuis de nombreuses années, nous prônons une simplification des processus et on y travaille.