Témoignages: travailler à Pairi Daiza

Avec ses 800 000 visiteurs et ses nouvelles attractions, le parc animalier est devenu l'une des principales attractions de Wallonie. Originale, vivante, envoûtante. On y travaille comme dans un rêve. Trois employés témoignent.

" Une liberté presque utopique "

Guy Vandersande, responsable du service botanique

" J'ai suivi le projet africain de A à  Z. L'idée du Monde des Origines a déjà  deux ans, mais l'aspect botanique a débuté l'été dernier. Il s'agissait à  la fois de créer des paysages et des ambiances, en corrélation avec le thème de l'Afrique, mais beaucoup de plantes de ce continent ne sont pas transposables chez nous. Toutes espèces confondues, vivaces et arbres, nous avons ici à  peine une dizaine d'espèces africaines. "

Guy Vandersande rejoint l'équipe au début de l'année 2012. Avant, ce technicien horticole et paysagiste a deux emplois : il travaille à  la RTBF pour l'émission Jardins et loisirs et à  l'IBGE (Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement). " J'ai rencontré Éric Domb et on a parlé plantes. Je lui ai montré mon jardin, il m'a montré le sien. Quand Éric m'a proposé le poste, je n'ai pas hésité longtemps. À 50 ans, je le faisais immédiatement ou jamais. C'était une opportunité assez exceptionnelle. À Pairi Daiza, il y a une liberté de création et d'entreprise, parfois même un peu utopique. On doit créer un paysage de rêve, c'est une liberté sans frontières. Ici, tout va très vite. Dès qu'une idée surgit, quelque chose se met en place. C'est surtout une question de volonté, l'envie d'aller au bout de l'idée. Je n'ai aucun regret. Ici, je fais un petit peu le travail que je faisais avant, tant au point de vue de l'aménagement que de la création, comme à  la RTBF, et de la gestion d'équipe, comme à  l'IBGE. Il y a douze personnes au service botanique. Pour gérer tout le parc, c'est peu ! On a des solutions pour éviter d'être dépassés. Des étudiants viennent des écoles horticoles. Ce qui me plaît le plus à  Pairi Daiza, c'est le dynamisme et les compétences des gens avec qui je travaille. Tout le monde apporte sa pierre à  l'édifice. Et puis, travailler avec des animaux qui mangent les plantes ou s'en amusent est aussi un défi pour moi. Cela nécessite de faire des choix judicieux, soit dans les aménagements, soit dans le choix des plantes. "

" Il faut être un peu maniaque "

Valérie Daubiouille, soigneuse

Il est méfiant, le tamarin, lorsqu'il voit des étrangers pénétrer sur son territoire avec sa soigneuse, Valérie Daubiouille. D'autant que sa femelle porte des jumeaux à  naître prochainement. Mais le petit singe colombien aux allures de musicien avec sa crête blanche laisse vite sa gourmandise prendre le dessus de sa peur quand on lui offre sa friandise préférée : une sauterelle vivante qu'il s'empresse de décapiter pour la grignoter. À l'origine, la guide qui nous reçoit dans son petit domaine à  l'abri des visiteurs est institutrice. Son premier emploi à  Pairi Daiza consistait à  encadrer les animations et les stages pour les groupes et les classes vertes. Elle travaille avec les animaux depuis 2000. " Quand je suis arrivée dans l'équipe scientifique, l'année de la création de l'Oasis, j'ai été formée par le directeur scientifique et par la chef soigneuse. C'était une nouvelle passion. J'étais déjà  passionnée par les oiseaux. "

Les qualités requises pour soigner les animaux ? " Il faut avoir le sens de l'observation et être un peu maniaque. C'est important, avec les animaux, d'être attentive à  l'hygiène. Les oiseaux, en général, sont beaucoup plus distants que les lémuriens que l'on peut palper. Un oiseau va plus dissimuler le fait qu'il ne va pas bien. À cause de la prédation, c'est instinctif. Cela demande donc une analyse régulière de crottes, pour repérer la présence de vers ou de parasites. "

La journée de la soigneuse commence par la préparation des assiettes pour tous les animaux. Chacun a son menu : viande, fruits, graines, insectes... les vers sont eux-mêmes nourris de pommes, pain, carottes pour être bien pleins de vitamines. Puis vient le moment du nourrissage. Une grosse partie du temps est ensuite consacrée au nettoyage. " Le travail hors saison est très différent. Il y a moins de nettoyage en hiver, mais c'est alors qu'on refait les décors - on remet du sable, des écorces, de nouvelles branches - qu'on fait des recherches esthétiques et qu'on repense les enclos. C'est moi qui ai fait toute la déco plus “ australienne ” de l'Oasis. "

" L'occasion de faire passer un message "

Steffen Patzwahl, directeur zoologique et responsable qualité infrastructures

Au départ de l'aventure, l'Allemand Steffen Patzwahl est invité en tant qu'expert appelé à  se prononcer sur la faisabilité d'un parc ornithologique à  l'abbaye de Cambron. Il travaille alors dans le plus grand parc animalier du monde en Allemagne.

Cela fait aujourd'hui dix-neuf ans qu'il s'est installé en Belgique pour devenir le directeur zoologique de Pairi Daiza. Il est donc un compagnon de la toute première heure. " Éric Domb et moi avons tout de suite sympathisé. Je suis arrivé ici sans connaître un mot de français, mais comme j'étais passionné et convaincu de ma décision de vivre cette aventure, ça n'a pas constitué un obstacle. Quand on commence un projet, il faut repérer les petites maladies d'enfance, mais pour la créativité, il ne faut pas y penser trop tôt. Nous voyageons souvent pour avoir des idées, nous collectons des images, sous forme de photos et de vidéos. "

Amener les différentes espèces animales à  Pairi Daiza requiert une gestion pointue. " Nous faisons partie d'une association zoologique qui réunit une quarantaine de parcs européens pour des échanges d'animaux. L'animal va dans le parc où il sera le mieux génétiquement, par rapport à  son arbre généalogique, pour éviter la consanguinité et assurer que cinq ou dix générations plus tard, la population soit toujours en bonne santé. Il y a également des arrêtés ministériels qui déterminent la superficie minimale nécessaire à  chaque espèce. "

" L'aménagement du parc est un challenge. Il faut accepter des compromis pour assurer la sécurité des animaux et des visiteurs et pour que cela reste visuellement beau, comme la barrière aquatique de six mètres de profondeur. Des moments de nourrissage par les visiteurs sont également programmés. L'émotion que ressent le visiteur touché par un petit singe fournit l'occasion de faire passer un message, tel que l'inanité de détenir un animal sauvage à  la maison. "

L'équipe sera également attentive à  la psychologie animale, tout comme au contrôle des naissances. Quand le lion venu de Tel-Aviv traumatisé par les femelles se sera habitué aux trois lionnes qui partagent son nouveau territoire, on pourra espérer des naissances " Mais ce ne serait pas une bonne idée que les lionnes tombent enceintes toutes en même temps, parce que cela créerait un problème d'espace. À la limite, on demande au vétérinaire de donner une contraception. À l'inverse, quand une naissance est souhaitée, on peut la stimuler par l'alimentation. "

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