Tendances 2013 : travailler mieux pour vivre mieux

L’économie va mal ? Peu importe. Le monde se renouvelle. Et avec lui, le travail se dévêt de ses vieux oripeaux. Entre quête de sens, nouveaux modes de vie et lucidité, voici cinq tendances qui vont influencer vos carrières en 2013.

La vague BYOD

Ordinateurs portables, smartphones, tablettes… Les appareils de communication grand public forcent les portes des entreprises. Des jeunes recrues aux cadres supérieurs, les professionnels sont de plus en plus nombreux à utiliser leurs propres terminaux mobiles au travail. Née aux États-Unis, cette pratique, baptisée Bring Your Own Device  (BYOD), que l’on peut traduire par « apportez votre propre appareil », ne cesse de gagner du terrain. À l'origine de ce phénomène, il y a une pression des salariés. Dans un premier temps, ils ont utilisé leur téléphone ou leur smartphone. Puis, l'ensemble des équipements a atterri au bureau : ordinateurs portables, tablettes numériques. La crise économique sert également de prétexte : certaines entreprises proposent à leurs salariés d’acheter à leurs frais un terminal dont ils rembourseront une partie chaque mois. Mais utiliser son propre téléphone multifonctions permet aussi de consulter ses e-mails personnels. Et c'est l'occasion de travailler sur des appareils souvent bien plus performants que ceux fournis par l'entreprise. La tendance pourrait exploser en 2013. Au niveau mondial, 28 % des entreprises permettent d'utiliser librement du matériel personnel à des fins professionnelles, indique une enquête réalisée par l'Isaca — l'association mondiale des spécialistes de l'ICT et de la sécurité et des réviseurs-comptables — auprès de plus de 4 500 de ses membres dans 83 pays. Cette proportion atteint même 34 % en Amérique du Nord, voire 48 % en Océanie. Celle des entreprises qui interdisent complètement BYOD a régressé de 58 % à 30 %. Et en Belgique ? Selon une enquête de la société Cisco, menée en avril, 71 % des travailleurs belges utilisent un appareil privé à des fins professionnelles. Plus d'un sur cinq (21 %) estime même que pouvoir travailler à distance constitue un droit et non un privilège. Pour autant, le BYOD peut avoir des conséquences graves, surtout si les salariés ne sont pas formés aux bonnes pratiques en matière de sécurité informatique. Un exemple ? Un salarié dont l’ordinateur portable personnel contaminerait avec un virus les serveurs de l’entreprise pourrait se le voir reprocher par son employeur, s’il s’avère qu’il n’a pas installé les antivirus demandés. Cela pourrait même entraîner son licenciement pour faute grave. Par ailleurs, les employeurs font de moins en moins de distinction entre les outils professionnels ou personnels des salariés. Au risque de devenir de plus en plus intrusifs. Une frontière qui perd de son étanchéité avec l'arrivée sur le marché du travail des digital natives, ces collaborateurs nés avec un terminal dans la main. Bientôt, les collaborateurs voudront se connecter aux serveurs avec leur console de jeux portable, ironise un consultant RH. Dans certaines entreprises, on parle déjà de Bring Your Kid Device.

Un « slasher » vaut trois emplois

Ils ont deux ou trois métiers et le revendiquent. Parce qu'ils ne se font plus d'illusions sur le monde du travail, les trentenaires improvisent de nouveaux modes d'emploi. Multitâches, passionnés, hyperactifs et... furieusement tendance, les « slashers » cumulent volontiers trois ou quatre activités. Le « slasher » tient son nom du « slash » en anglais, cette barre oblique, signe typographique, qui permet d’accumuler plusieurs idées. Loin d’être dilettantes, ils préfèrent additionner leurs talents et en vivre, plutôt que de s’enfermer dans des moules de fonctions galvaudées ou la routine du salariat. Pour les « slashers », les métiers eux-mêmes finissent par s'entrelacer. Aujourd'hui, on n'est plus seulement marketer, photographe ou avocat. Mais juriste à temps partiel, consultant free-lance et copywriter occasionnel. Aux États-Unis, contrée des self-made-men et du self-employment, le phénomène est déjà récurrent. Mus par des idéaux de liberté ou souhaitant esquiver la précarité de l’emploi, tous les « slashers » affirment avoir choisi, précisément, de ne pas choisir. La plupart d'entre eux revendiquent d'ailleurs leur indépendance avec ardeur. Je ne suis pas capable de travailler pour des actionnaires qui ne visent que la maximisation des profits, lance Éric, 29 ans, auteur littéraire, animateur de débats, libraire occasionnel et prof de philo. Je tiens à préserver mon indépendance et à m’épanouir en dehors des open spaces. Largement minoritaires en 2012, les « slashers » vont-ils devenir mainstream en 2013 ? Avec la flambée de l’intérim, l’accumulation des CDD et le morcellement du travail en mode projets, les carrières consistent plus que jamais à assembler différents types de métiers, à jongler avec plusieurs clients, à affiner sa marque personnelle, observe Frédéric Williquet, consultant Social Enterprise. Ces nouveaux modes d'emploi ne sont pas pour tout le monde, et beaucoup leur préféreront toujours la sécurité d'un poste fixe. Mais ceux qui ont opté pour la pluriactivité la considèrent comme une richesse, qui permet de revendiquer et d'exprimer ses identités multiples.

Le boom des « hyperspécialistes »

Le constat est unanime : l'hyperspécialisation a le vent en poupe. Parmi les préoccupations majeures des DRH pour 2013, une nouvelle étude de SD Worx place les pressions du monde économique, les restructurations et les normes salariales en tête. La flexibilité du marché du travail, quant à elle, s’immisce en deuxième position dans l’esprit des DRH francophones du pays. Juste devant la guerre des talents, qui reste un enjeu majeur pour 44 % des DRH. Dans les faits, ces tendances traduisent une réalité en marche depuis plusieurs années : Le nombre de processus de recrutements diminue, constate Ruben Lombart, consultant RH chez SD Worx. Mais s’ils doivent recruter ou externaliser, les employeurs préfèrent embaucher des spécialistes. Les entreprises se montrent de plus en plus sélectives : elles préfèrent engager des expertises, ponctuellement, sur un mode projet. Surtout en période de crise. À cela, s’ajoute un autre phénomène. Les travailleurs indépendants, ou free-lance voient leur nombre s'accroître depuis plusieurs années. En Belgique, en six ans, le nombre d'indépendants « principaux » a augmenté de 5,2 %. Celui des  « complémentaires » de 29,8 %. Ces indicateurs illustrent bien la profonde évolution du marché du travail, à la confluence d'une double tendance : les entreprises sont en quête d'une main-d'œuvre de plus en plus flexible et les salariés de plus en plus tentés par l'autonomie. Dans les milieux RH, on évoque la montée d'une nouvelle classe d’hyperspécialistes indépendants. Tout porte à croire que le mouvement va s'accélérer en 2013, assure Frédéric Williquet, consultant Social Enterprise. Demain, les entreprises achèteront les compétences nécessaires auprès de free-lance. Et pour se différencier, les travailleurs devront mettre en valeur leur hyperspécialisation.

Le management collaboratif

Innovation ouverte, coworking, coconception... Tous ces termes se rapportent à un seul et même phénomène : la refonte des rapports qui lient les organisations et les travailleurs pour initier davantage une collaboration qu'un processus à sens unique. L’idée s’inspire des modèles de démocratie directe. Mais au travail, sa percée est due à la convergence des nouvelles technologies avec les réseaux sociaux et leur mode de communication participative. En 2005, un mémo signé de Bill Gates, fondateur de Microsoft, intitulé « The New World of Work », décrivait comment les nouvelles technologies allaient bouleverser l'environnement de travail. Sept ans plus tard, la flexibilité du poste de travail permettant aux populations nomades, comme aux mères de famille, de travailler à distance, n'est plus une mode. Mais une tendance de fond, vantée et « vendue » par les plus grandes entreprises. En 2013, le management sera organique ou ne sera pas, lance Frédéric Williquet, consultant Social Enterprise. Les entreprises sont en train de passer d’une culture du process – inspirée par le fordisme et le taylorisme – à une culture de la collaboration. Les nouveaux modes de management horizontaux, qui placent patrons et salariés sur un même pied d’égalité, amorcent le virage des structures actuelles vers les entreprises sociales de demain. S’ils veulent aider les salariés, les employeurs doivent redonner du sens et de la valeur au travail individuel et collectif. Et réinvestir dans le développement personnel de leurs collaborateurs, explique le consultant. Quelles seront les qualités du chef d'équipe du monde de demain, un monde qui sera de plus en plus virtuel, interconnecté, compétitif ? Collaboration, créativité, curiosité, résilience, intrapreneurship, connectivité, transparence, intégrité, partage... Les maîtres mots qui enjoignent à tout un chacun de travailler en bonne intelligence ne manquent pas. Quant aux actes, ils se multiplient. La compétition cède du terrain à la coopétition (coopération + compétition) puis à la collaboration radicale, observent Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot, dans « Vive la corévolution ! Pour une société collaborative » (lire notre article en page 4). Résultat : des organisations commencent à fonctionner en transparence et petits groupes coordonnés. De la corévolution au management collaboratif, la logique de la coconstruction imprègne peu à peu les façons de penser, de consommer et de manager. En passant du « moi » au « nous ».

Le bureau : ce nouveau terrain de jeu

Grimper des niveaux, gagner des points, débloquer des récompenses, créer des avatars de soi-même… La culture du jeu a déjà infusé les pratiques commerciales. En 2013, elle pourrait envahir les bureaux. L'entreprise comme terrain de jeu privilégié de la génération Nintendo ? L'idée n'est pas si incongrue. Et c'est sans doute le défi auquel les entreprises doivent répondre pour amorcer une nouvelle manière de manager. Au pays du capitalisme toujours renouvelé, les États-Unis, la « gamification » est le nouveau mantra du milieu. Un terme affreusement moche, mais le concept, lui, reste passionnant : la « gamification » consiste à appliquer les principes qui nous attirent dans les jeux à d'autres domaines, comme le travail. Des objectifs simples, des défis, un système de points, une dynamique entraînante et pour les jeux multijoueurs un travail d'équipe. Appliquée aux carrières, la mécanique du jeu est simple et addictive. La meilleure théoricienne du phénomène est certainement l'Américaine Jane McGonigal, dont l'ouvrage « Reality Is Broken » ouvre le concept de « gamification » très au-delà d'une passagère mode commerciale. Les réseaux sociaux du futur, l'éducation, peut-être même la science devraient eux aussi bientôt profiter de l'air frais que pourrait apporter une « gamification » bienveillante. D'ici 2014, 70 % des grandes entreprises proposeront au moins une application « gamifiée », que ce soit à leurs clients ou à leurs employés et 50 % de ces entreprises auront introduit des éléments de « gamification » dans leurs processus d'innovation. 2013 sera donc une année charnière. Mais il faudra souquer habilement entre les écueils de l'infantilisme et du nouveau conformisme qui guettent cette tendance. Alors, peut-être, s'accomplira la vraie prophétie de Références. Celle qui, beaucoup mieux que les Mayas, promet l’avènement d’une entreprise idéale, où l’on siffle en travaillant.

 

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