Trop de travailleurs âgés… ou pas assez ?

L'intention prêtée à Monica De Coninck, ministre de l'Emploi, de sanctionner les employeurs qui licencient proportionnellement trop de travailleurs âgés a fait bondir les représentants des employeurs. Le point sur une polémique... enflammée.

D'un côté, il y a la carotte : une campagne de com' bien orchestrée, des spots TV et un site web intitulé Leplusdes50plus. De l'autre côté, le bâton, sous la forme d'une menace d'amende qui serait imposée aux employeurs qui licencient trop de travailleurs âgés. La ministre de l'Emploi, Monica De Coninck (sp.a), a manifestement décidé de prendre le taureau de l'emploi des quinquas par les cornes...

Nous connaissons dans notre pays un taux d’emploi des plus de 55 ans très bas : à peine 39,5 % de la population âgée de 55 à 64 ans travaille alors que ce taux est proche de 70 % dans les pays scandinaves, rappelle-t-on au SPF Emploi en préambule du lancement de la campagne Les plus de 50 ans sont un plus pour chaque entreprise. Or, la population vieillit : quelque 500 000 personnes quitteront le marché du travail dans les années à venir. Pour éviter que notre croissance économique ne souffre du fait que nombre de postes vacants ne trouvent pas preneurs et garder notre système de sécurité sociale, plus de personnes doivent trouver du travail et y rester, poursuit le SPF Emploi.

En clair : La politique de ressources humaines de nos entreprises devra se montrer davantage proactive pour éviter que les travailleurs de plus de 50 ans ne quittent le monde du travail trop tôt. Avec des conditions de travail adaptées, des défis stimulants et de la formation continue, on peut mener une politique de ressources humaines taillée pour tous les âges, qui tient compte des capacités physiques et mentales de tout le monde,  et en équilibre avec les compétences et la disponibilité de chacun.

Et Monica De Coninck de préciser : Il existe aujourd’hui de nombreux travailleurs de plus de 50 ans qui veulent encore travailler, mais trouvent difficilement un emploi. Ils sont en effet confrontés à toute une série de stéréotypes. Les travailleurs âgés sont pourtant particulièrement loyaux et représentent une mine d’expériences, notamment pour leurs collègues plus jeunes qu’ils épaulent volontiers. Ils sont donc un plus pour chaque entreprise.

Une controverse catégorique

De là à manier le bâton, il y a un pas que les fédérations d'employeurs se sont empressées de dénoncer. De quoi s'agit-il ? D'une note de travail, relayée par le journal « De Standaard », par le biais de laquelle la ministre souhaiterait pénaliser les employeurs qui licencient proportionnellement plus de travailleurs âgés en cas de restructuration. Il est souvent très difficile pour un travailleur âgé de retrouver un emploi. Cela augmente le coût pour la société d'un tel licenciement. Il est donc logique que l'employeur qui licencie proportionnellement beaucoup de travailleurs âgés contribue également aux coûts supplémentaires que cela représente pour la société, argumente Monica De Coninck.

Du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on ne l'entend pas du tout de cette oreille. Aux yeux de la fédération patronale, il n'est pas logique de faire supporter aux seuls employeurs qui licencient des travailleurs âgés les coûts sociaux y afférents. D'autant que, dans le cadre des licenciements collectifs, les syndicats jugent normal de miser au maximum sur la prépension – rebaptisée aujourd'hui chômage avec complément d'entreprise – pour éviter les licenciements secs. Bref, pour Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB, il va de soi que la FEB est, elle aussi, soucieuse de trouver des solutions pour maintenir les gens au travail plus longtemps. Il s'agit cependant d'une responsabilité partagée des employeurs et des syndicats. Viser et sanctionner une seule partie ne résout pas le problème et est inadmissible. 

L'Union des classes moyennes (UCM) ne se montre pas plus tendre, rappelant qu'un employeur qui licencie ne le fait jamais par plaisir, mais par contrainte économique ou parce que la personne ne répond pas aux attentes : il est dès lors, à ses yeux, inutile et vexatoire de multiplier les obstacles et les sanctions. Ce n'est pas aux entreprises de régler les problèmes de société, appuie Christine Lhoste, secrétaire générale de l'UCM. Aujourd'hui, le vol à l'étalage reste impuni alors qu'il représente quelque 500 millions d'euros par an, mais on veut infliger une amende à quelqu'un qui doit licencier un salarié âgé et déjà payer pour cela un préavis sans égal en Europe. 

45 ans

C'est l'âge à partir duquel tout travailleur licencié bénéficie d'un droit à l'outplacement (reclassement professionnel) financé par son ex-employeur. Cette obligation de l'employeur, en vigueur depuis 2002, a ensuite été étendue à tous les travailleurs, indépendamment de leur âge, dans le cadre d'une procédure de licenciement collectif.

14 454

C'est le nombre d'actions d'accompagnement visant à aider un travailleur frappé par un licenciement à retrouver un emploi qui ont été menées en 2012, selon les données de Federgon Outplacement. Le taux «  taux de placement » (réussite, avec emploi à la clé) était de 51 %.

56 %

C'est la proportion de bénéficiaires d'une procédure d'outplacement dans le cadre d'un licenciement individuel, cette catégorie étant principalement constituée de cadres (72 %). 44 % des candidats ont bénéficié d'un accompagnement dans le contexte d'un licenciement collectif, cette catégorie étant essentiellement constituée d'ouvriers (68 %), selon Federgon Outplacement. 

Benoît July

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