Un turbo pour les métiers de l'auto

Éco-innovation, électronique de bord, modèles hybrides... De nombreuses initiatives sont prises pour maintenir le niveau de compétence des travailleurs du secteur automobile. À Bruxelles, l’usine Audi mène, depuis 2012, un projet pilote de formation alternée avec deux écoles techniques. Et c'est une vraie success-story.

Au milieu des bras robotisés et des soudeuses qui s'animent, 2 500 personnes travaillent dans l'usine d'Audi, à Forest. Raccordée par une passerelle à l'Automotive Park, un centre logistique qui fournit quotidiennement les 4 800 pièces nécessaires pour faire tourner la chaîne, cette ruche produit près de 40 voitures à l’heure. Soit quelque 120 000 voitures pour l'année 2013. De quoi donner le vertige. Ou mieux : susciter les vocations. Car régulièrement, la marque aux quatre anneaux apparaît comme l'un des employeurs les plus populaires en Europe. Employeur de l'année 2013 en Belgique, Audi fascine autant les diplômés en ingénierie qu'en gestion commerciale. Selon la dernière enquête européenne d'Universum, un jeune ingénieur sur quatre et près d'un diplômé en gestion commerciale sur cinq souhaiteraient y démarrer leur carrière.

Et pourtant, comme d'autres industriels, le constructeur allemand a du mal à recruter les fameux cols gris. Ces « ouvriers de la connaissance » capables de maîtriser des techniques pointues. Souvent, nous devons former nos recrues pendant neuf mois, avant qu’elles ne soient parfaitement opérationnelles, confie Wannes Schoeters, responsable du recrutement chez Audi Brussels. Car cent ans après que Ford a introduit le taylorisme sur une chaîne de montage automobile, tout a changé. Nouvelle architecture des véhicules, technologies imbriquées, nouveaux matériaux (comme le plastique thermoformé qui se passe de peinture)... Autant d'évolutions qui réclament des compétences constamment remises à niveau. Et des programmes de formation parfois détonants.

Formation duale

Ainsi, depuis septembre 2012, l’usine Audi Brussels mène un projet pilote d'immersion en entreprise avec deux écoles techniques, l’Institut technique Don Bosco de Woluwe-Saint-Pierre et l’école KTA de Hal. Inspiré du modèle allemand de formation duale, ce programme permet à 27 élèves de 5e et 6e année de s’initier au métier d’automaticien au cœur même de l’usine forestoise. Au menu : 600 heures d'immersion en entreprise, réparties à travers six semaines de stage et trois semaines de formation sur les équipements industriels d’Audi. Chez Audi, tout nouvel engagé doit être formé. Mais ça prend du temps, confie Wannes Schoeters. L'immersion, quant à elle, permet de faire cette économie : l'école prépare les élèves par des cours théoriques ; de notre côté, nous prenons en charge le volet pratique, soit dans notre centre de formation en robotique et laser, soit directement sur les lignes de production.

En Allemagne, Audi forme de la sorte sept cents jeunes par an. Les élèves vont une journée à l’école puis suivent quatre jours de formation à l’usine. Là-bas, l'alternance est imbriquée dans le cursus scolaire et les étudiants diplômés sont directement employables, explique Wannes Schoeters. Encore pionnier chez nous, ce projet compense les heures de pratiques et de labo. Mais ne soustrait en rien les élèves au programme scolaire officiel. Ces élèves adhèrent volontairement au projet. Ils doivent faire preuve de beaucoup de motivation, car c'est pour eux une activité supplémentaire. Des techniciens d’Audi les accompagnent sur le terrain et, toutes les deux semaines, des réunions formelles sont organisées avec les professeurs, détaille Wannes Schoeters.

Recruter des salariés adaptés

Pour le constructeur automobile, l’expérience est d’ores et déjà un modèle de réussite. Pour 2014, on souhaite étendre le programme à la septième année des techniciens en maintenance, confie Wannes Schoeters. Du côté des écoles, où certains enseignants étaient réticents, vu les conflits sociaux qu'a connus l'entreprise, le constat se veut également positif : Tous les élèves inscrits à ce projet ont réussi brillamment leur année de formation, observe Vincent Guinchon, chef d’atelier électricité à l’Institut Don Bosco. Leur attitude aussi a changé : Ils font preuve d’une plus grande maturité et d’une réelle motivation pour le métier. Nous constatons aussi que leurs compétences linguistiques s’améliorent, car dans l’usine, ils doivent aussi communiquer en néerlandais.

L’espoir pour Audi Brussels est de voir certains jeunes rejoindre, à terme, ses rangs alors que l’usine peine à recruter des profils techniques. Audi Brussels produit actuellement l’Audi A1, le plus petit modèle de la marque. Mais l'usine pourra vraisemblablement accueillir la production du nouveau modèle de la citadine. En mars dernier, l’entreprise avait déjà signalé que 200 millions d’euros seraient investis dans Audi Brussels entre 2013 et 2015, notamment dans la ligne de production et dans la peinture. Audi a également annoncé vouloir engager plus de 1 700 nouveaux travailleurs dans le monde en 2014.

 

« Le secteur est confronté à une pénurie de compétences »

Paul-Henri Gilissen est directeur technique et formation d'Educam. Ce centre de coordination pour la formation dans le secteur automobile a la charge de former progressivement tous les acteurs du secteur : techniciens, dépanneurs, garagistes… soit plus de 50 000 personnes.

Malgré le contexte changeant du marché, les secteurs de l'automotive, de la distribution et de la réparation automobiles restent stables en matière d’emploi. Quels sont les défis qui les animent actuellement ?

On assiste à une évolution technologique de plus en plus rapide. Elle est liée à la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, ainsi qu'à la raréfaction des énergies fossiles. Aujourd'hui, l'industrie automobile est au début d'une ère nouvelle : le moteur à pistons traditionnel voit fondre son monopole au profit d'autres sources d'énergie, comme le gaz naturel. Les véhicules hybrides ou purement électriques n'en sont que les prémices. Mais à l'avenir, une nouvelle économie se développera sur base de l'hydrogène, utilisé dans des piles à combustible. Les professionnels du secteur, qu'ils soient mécaniciens d'entretien, garagistes, techniciens en diagnostic ou carrossiers, doivent continuellement élargir leur champ d'intervention. Et se former à la sécurité. Car ils seront amenés à rencontrer de plus en plus souvent ces technologies qui, si elles sont mal maîtrisées, peuvent s’avérer mortelles. Pour info : la batterie d'un véhicule hybride équivaut à 500 volts.

En Belgique, le parc automobile électrique ne représente que 0,2 %. Les ventes sont freinées par les coûts élevés de production. Peut-on malgré tout espérer un boom dans le secteur ?

Ces véhicules vont remplacer les autres graduellement, l’emploi demeurera donc stable dans cette branche et il n’y a pas d’envolée immédiate à attendre. Mais le secteur a de beaux jours devant lui : d’ici 2020, l'électrique représentera 10 % du parc. En attendant, nous anticipons un boom probable des voitures roulant au gaz naturel. Le ministre Wathelet devrait prochainement annoncer des primes pour favoriser l'achat de ces véhicules. Il faut donc former les travailleurs en activité, les professeurs et les jeunes à ces technologies. Aujourd'hui, nos métiers ne se résument plus à tourner des vis et des boulons, mais la majorité des réglages impliquent des compétences en électronique. Même des dispositifs autrefois mécaniques, comme la direction, sont aujourd'hui gérés sur ordinateur.

À la lumière de ces spécialisations, sur quels profils portent les besoins du secteur ?

En ce moment, on se retrouve face à une double pénurie : d'un côté, il manque des techniciens spécialisés en maintenance et en diagnostic automobile, d'autre part, les jeunes ne sont pas assez formés pour assurer des travaux plus basiques. Nous parlons donc d'une pénurie de compétences qui pourrait avoir un impact sur la productivité même de certaines entreprises. Nous avons de bonnes raisons de penser que ces difficultés persisteront dans les prochaines années. Et, étant donné que le secteur de la réparation automobile est confronté à une pyramide des âges vieillissante, nous allons droit vers une guerre des talents. C'est cette raison qui nous pousse à soutenir les écoles et les centres de formation en alternance, ainsi que des actions de certification et de validation des compétences.

 

16 000

entreprises actives dans le secteur

89 500

travailleurs au total

47 000

dans les garages

6 000

en carrosserie

103,2 milliards

d’euros de chiffre d’affaires

480 000

Les trois constructeurs automobiles présents en Belgique auront produit 480 000 voitures en 2013. Audi Brussels aura fabriqué 120 000 voitures, Volvo Cars Gand devrait avoir produit 250 000 voitures, enfin, Ford Genk, condamnée à la fermeture, a sorti environ 106 000 voitures des chaînes d'assemblage.

 

2 H2 + O2 = 2 H2O + énergie

Les initiatives dans le domaine des véhicules à faible émission de CO2 se multiplient. Le jeu est pour le moment ouvert, car aucune technologie de stockage ne s'est imposée. Aux côtés des batteries LMP et lithium-ion, l'hydrogène moléculaire H2 pourrait apporter une solution. Utilisé avec l'oxygène O2 dans une pile à combustible, il permet de générer de l'électricité et de la chaleur avec un rendement élevé et de l'eau pour seul « déchet ».

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