Une économie et une société plus durables : « Chaque acteur a un rôle à jouer »

Rédigé par: Benoît July
Date de publication: 17 juin 2022
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L’enjeu de la durabilité touche un nombre croissant d’entreprises et d’organisations, qu’elles soient soucieuses de s’inscrire dans les objectifs climatiques ou, tout simplement, craintives d’être privées à terme de ressources humaines ou de financement. La plateforme The Shift les accompagne dans la réalisation de leurs objectifs.

Bâtir ensemble pour atteindre une économie et une société plus durables : tel est l’objectif de The Shift, autour duquel se sont fédérés près de 600 acteurs en Belgique, y compris de nombreuses entreprises. « Nombre de candidats filtrent aujourd’hui les employeurs sur base de leur mission, en ce compris leurs objectifs de développement durable », assure Marie Delvaulx, sa directrice.

Marie Delvaulx

« Ce sont tous nos comportements, tous nos métiers, toutes nos pratiques qui doivent se transformer. »Marie Delvaulx, directrice de The Shift.

Comment fonctionne The Shift ?

Nous sommes avant tout une communauté d’acteurs orientés vers le même objectif de création d’une économie et une société plus durables. Nous rassemblons plus de 550 membres, de tous horizons : des ASBL, des ONG, des entreprises, des institutions publiques ou académiques, entre autres. La pierre angulaire de notre action, c’est le partage d’expertises et d’expériences en réseau. Certains membres, par exemple, souhaitent s’inscrire dans cette démarche mais ne savent pas comment faire : ils peuvent trouver du soutien dans le réseau. Nous travaillons actuellement sur 4 thèmes : le climat, la biodiversité, le travail et l’inclusion, et les droits humains, dans le cadre fondamental des 17 objectifs de développement durable de l’ONU.

Quel est le rôle des entreprises ?

Il est très important de rappeler que chaque acteur, à quelque niveau que ce soit ou quelle que soit sa sphère d’influence, a un rôle à jouer. J’entends parfois des gens se désoler qu’ils n’ont pas d’expertise en matière climatique, se demandant dès lors comment ils pourraient peser sur le cours des choses. Or, ce sont tous nos comportements, tous nos métiers, toutes nos pratiques qui doivent se transformer. Autrement dit, nul besoin d’être un expert pour s’impliquer, pour se poser des questions, pour voir les choses sous un autre angle et les challenger…

S’agissant des entreprises, elles font certes partie du problème, leur activité exerce bien évidemment un impact, mais elles ont aussi, à l’inverse, de formidables ressources, sur les plans humain ou financier notamment, pour contribuer au changement. Et elles le font de manière d’autant plus efficace si elles acceptent de s’inscrire dans des démarches de partenariat, de cocréation. Les enjeux sont comparables pour tous, en réalité, et il est donc nécessaire de se rendre compte qu’on fait non seulement partie de l’équation globale, mais aussi de sa solution.

C’est dans cette perspective que s’est inscrit le lancement, en 2020, de la Belgian Alliance for Climate Action.

Nous avons lancé cette initiative en partenariat avec le WWF, afin de fédérer les organisations belges qui souhaitent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et augmenter leurs ambitions climatiques. Toutes les organisations, quels que soient leur taille ou leur secteur d’activité, peuvent rejoindre l’Alliance, qu’elles soient déjà engagées dans le processus et prêtes à partager leur expérience ou qu’elles soient en recherche d’inspiration ou de bonnes pratiques.

Il est important de souligner que ceci s’inscrit dans le canevas des Science Based Targets (SBT, objectifs fondés sur la science – NDLR), visant à aligner les activités de ces organisations sur les objectifs de l’Accord de Paris, à savoir limiter la hausse de la température mondiale bien en dessous de 2ºC et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5ºC. Toutes les signataires s’engagent à initier le processus endéans l’année de leur adhésion, la validation de leurs objectifs étant effectuée dans les deux années qui suivent.

Tout cela est très concret : cela va de l’analyse d’un business model à la mise en œuvre d’ateliers pratiques, en passant par des conseils pour initier un dialogue avec les clients ou les fournisseurs, par exemple. Et ce, toujours selon le principe selon lequel celles et ceux qui sont déjà plus avancés dans la démarche sont incités à partager leur expérience avec les autres signataires, y compris au sein d’un même secteur, étant entendu que les enjeux y sont souvent comparables. Nous sommes plus que jamais convaincus que le partenariat et les échanges sont la clé du succès pour espérer rencontrer les objectifs climatiques.

Devez-vous encore « lutter » pour sensibiliser ?

Tout est perfectible, mais nous n’avons jamais touché autant de personnes, dans un contexte évidemment marqué par les conséquences de la pandémie et de la guerre en Ukraine, mais pas seulement. Les motivations sont aussi en train de changer : alors qu’avant, on s’adressait souvent à nous pour s’inspirer, penser à éventuellement initier une démarche, on vient désormais pour mettre en œuvre des solutions.

Il faut dire que d’autres pressions se sont rajoutées sur les entreprises : la crainte d’accéder de plus en plus difficilement au financement si la preuve du caractère durable de l’activité ne peut pas être apportée, la crainte de perdre des talents ou de ne plus pouvoir en attirer. Il faut noter aussi que le caractère « durable » s’entend de manière de plus en plus large : on n’évoque pas seulement le climat, mais aussi la manière dont l’entreprise se comporte vis-à-vis de la société, de ses employés.

Tous les outils sont-ils vraiment accessibles ?

S’il y a clairement une prise de conscience qu’il faut accélérer, nombre d’organisations se posent encore beaucoup de questions sur les moyens de le faire. Plusieurs référentiels existent, les critères sont parfois complexes, mais on ne peut pas affirmer qu’il n’y a ni méthodologie ni outils. On peut évoquer la certification B Corp ou les Science Based Targets, notamment. Il n’y a plus vraiment d’excuses pour ne pas initier la démarche et mettre en place des actions.

On parle beaucoup de greenwashing. Vous arrive-t-il de devoir ramener à l’ordre certains de vos membres ?

C’est une question très importante, que nous avions d’ailleurs traitée au sein de notre conseil d’administration. Nous avons convenu que nous n’avions pas pour vocation de nous ériger en « police de la durabilité » et qu’il était plutôt de notre devoir de continuer à fédérer dans une optique inclusive. En tant que tel, The Shift n’est pas une marque, ce qui limite l’intérêt de se rallier à nous dans une optique de greenwashing, et nous ne certifions pas davantage – certains de nos membres le font, bien évidemment. Cela limite, en ce qui nous concerne, le risque d’être utilisé à des fins qui seraient contraires à nos objectifs.

Que vous font remonter les entreprises au sujet de la quête de sens de leurs employés ou des candidats qui s’adressent à elles ?

Les entreprises évoluent dans un contexte compliqué. Le marché de l’emploi est tendu, et les candidates et candidats ne sont manifestement pas prêts à accepter n’importe quoi. Aujourd’hui, certains filtrent clairement les employeurs sur base de leur mission, en ce compris leurs objectifs de développement durable : les valeurs et la responsabilité sociale sont devenues de véritables enjeux.

Il faut s’en réjouir, car il s’agit, pour les entreprises, d’une motivation pour bouger. Pour nombre d’entre elles, s’inscrire dans une optique de durabilité est devenu, pour ces raisons, une priorité à court terme. Je m’en rends d’ailleurs compte non seulement par le biais des conversations que je peux avoir avec nos membres, mais aussi en tant que directrice de The Shift : nous n’avons jamais reçu autant de CV de gens qui se disent prêts à renoncer à nombre d’avantages, y compris salariaux, pour venir travailler chez nous.