Une forte augmentation des maux de cou et de dos

La Fédération Européenne pour l'Amélioration des Conditions de Vie et de Travail publie tous les cinq ans les résultats d'une large enquête effectuée dans tous les pays membres. Le rapport de l'année 2000 est terminé et nous apprend qu' un employé sur trois souffre de maux de dos. Un quart souffre de douleurs à  la nuque et aux épaules. Le stress récolte lui aussi de beaux résultats...

D'autres sources confirment cette tendance. 60 à  90% de la population rencontre un jour des problèmes au bas du dos. Deux sur trois de ces personnes récupèrent après 6 semaines, ce qui représente néanmoins une grosse perte au niveau du temps de travail. De plus, 20 à  40 % des patients du dos font une rechute.

On retrouve les mêmes plaintes dans tous les secteurs et pour toutes les fonctions, mais ce sont bien sûr le secteur agricole et celui de la construction qui présentent le nombre de plaintes le plus élevé. Mais les charpentiers, les chauffeurs, le personnel infirmier et soignant, et le personnel de nettoyage et d'entretien courent également beaucoup de risques d'avoir un jour des maux de ce type.

En 10 ans, ce ne sont pas seulement les plaintes par rapport aux maux de dos, de nuque et d'épaules qui ont augmenté; les plaintes classiques liées au travail et aux circonstances de travail stressantes sont elles aussi en hausse, quoiqu'en moindre mesure.

Un tiers à  la moitié des salariés effectuant un travail physique se plaint de nuisance sonore, de pollution, de chaleur, de froid et de vibrations. Les positions de travail inconfortables et les charges trop lourdes sont également source de problèmes. Les actions répétitives créent elles aussi une surcharge et du stress.

En Hollande, on parle d'un " bras de souris gauche" et d'un" bras de souris droit" pour les personnes souffrant d'une tendinite suite au travail devant ordinateur. Selon une étude effectuée sur 1500 employés du secteur tertiaire en Belgique, une personne sur trois se plaint de douleurs à  la nuque.

Les mêmes plaintes sont repérables aussi dans d'autres secteurs. Dans l' industrie alimentaire, 1 employé sur 4 se plaint de douleurs aux épaules, aux poignets ou aux coudes.

Les solutions pour remédier à  ces douleurs sont des adaptations techniques et une organisation de travail différente. Par exemple, en instaurant plus de variété dans le travail, ou en sensibilisant les travailleurs à  ces plaintes afin qu'ils y prêtent attention aussi vite que possible.

Il faut insister sur l'importance d'une bonne position de travail, mais il faut aussi stimuler à  investir dans de bonnes installations de travail et une bonne chaise de bureau afin de diminuer ces plaintes.

Voici ce que nous raconte Dirk Delaruelle, médecin d'entreprise et ergonome affilié au IDEWE, un service externe pour la prévention et la protection au travail, sur l'apparition des plaintes: " Tout commence par une douleur ou une fatigue à  un endroit précis, pendant ou après le travail. Les douleurs disparaissent après le travail ou en congé. Au départ, le travail n'en souffre pas et la personne peut continuer ainsi pendant des semaines voire des mois. Au bout d'un certain temps, les douleurs apparaissent de plus en plus tôt au travail et persistent même après. Elles peuvent aussi perturber le sommeil et influencer ainsi bien sûr la productivité de la personne. Et pourtant, certaines personnes continuent comme ça pendant plusieurs mois. En fin de compte, elles devront quand même consulter un médecin parce que la douleur et la fatigue sont continues, même lors des moments de repos. Les tâches légères deviennent difficiles à  accomplir, et cela fait bien longtemps que la personne a abandonné les tâches plus lourdes. Certaines personnes continuent néanmoins! J'ai déjà  vu une femme qui devait mettre des cartes dans un outil de contrôle toute la journée, et ce, avec un mouvement allant d'au-dessus de ses épaules jusqu'au sol. En plus, ce mouvement devait se faire avec de la puissance, ce qui représentait donc une charge supplémentaire. Elle aimait tellement son travail qu'elle en acceptait la surcharge. Ce genre de mouvements n'est pas soutenable à  long terme bien sûr. L'ergonomie est l'art d'adapter au mieux les personnes et leur environnement de travail. Il vaut bien sûr mieux intervenir avant que les douleurs ne soient devenues chroniques. Sur ce point, il reste beaucoup à  faire dans nos entreprises. Nous possédons les connaissances techniques pour créer un environnement de travail sûr et un minimum de surcharge, mais ce sont les travailleurs qui ont du retard pour s'y adapter."

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