Verdir son portefeuille d’investissement est un levier essentiel

Date de publication: 7 déc. 2022

Au-delà de ses émissions directes, une compagnie d'assurances exerce aussi un impact environnemental significatif via ses politiques d'investissement. Alain Flas, Investment Manager - Sustainable Investments & Fund Selection chez Ethias, nous explique comment l'assureur s’engage concrètement pour verdir son portefeuille d’investissement, faire pression sur les plus gros pollueurs et protéger la biodiversité.

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Alain Flas, Investment Manager - Sustainable Investments & Fund Selection chez Ethias

Comment prenez-vous en compte les dimensions extra-financières d'un investissement ?

Alain Flas : « L'approche classique d'un gestionnaire de portefeuille est d'associer un rendement à un risque financier et de poser ses choix d'investissements en fonction de ce couple. Aujourd'hui, il faut ajouter une troisième dimension que constitue l'impact positif ou négatif de tout investissement dans le monde réel, en l’occurrence des opportunités ou risques en termes de durabilité. Via des investissements en actions ou en obligations, on contribue par exemple au financement d'entreprises qui, pour fonctionner, émettent plus ou moins de gaz à effet de serre. À côté de l’urgence climatique, il ne faut pas oublier non plus la destruction des écosystèmes et la réduction de la biodiversité, dont il est plus difficile d'évaluer l'impact de manière objective. C’est la raison pour laquelle nous adhérons à l'initiative de l'association PBAF - Partnership for Biodiversity Accounting Financials -, dont l’objectif est précisément de définir une norme de standards qui permettent à des acteurs financiers comme nous de mesurer ce type d'impact. »

Dans quelles autres initiatives êtes-vous engagés ?

A. F. : « L'an dernier, nous avons rejoint la BACA - Belgian Alliance for Climate Action. Portée par The Shift et WWF, cette structure accompagne les entreprises adhérentes dans leurs démarches de réduction de leur impact environnemental. En rejoignant BACA, nous nous sommes également engagés à adhérer à la SBTi - Science Based Targets Initiative. Celle-ci fournit aux entreprises une méthodologie et un ensemble de bonnes pratiques pour définir des objectifs de réduction de leur impact sur la base de principes scientifiques, en ligne avec les conclusions du GIEC - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. »

Quels sont justement vos objectifs en la matière ?

A. F. : « Depuis 2017 déjà, nous excluons de nos investissements le charbon thermique, qui est l’énergie fossile qui contribue le plus au réchauffement climatique. À présent, nous allons déposer un plan de décarbonation totale de notre portefeuille d'investissements à l'horizon 2050, notamment en vertu des accords de Paris. Ceci nécessite de définir une trajectoire progressive de décarbonation dès les prochaines années. De plus, dans chaque classe d’actif, les investissements proposés doivent répondre à des critères stricts au niveau environnemental, social et de gouvernance. Soulignons par ailleurs que nous avons également un engagement dans le cadre de Climate Action 100+. Ce mouvement regroupe 617 investisseurs institutionnels dans le monde et entend faire pression, à travers des prises de position et des discussions directes, sur les 165 entreprises les plus polluantes de la planète. Le but est de les amener à adopter des trajectoires de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. »

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Cet engagement se reflète-t-il aussi dans vos investissements immobiliers ?

A. F. : « Oui, d’autant plus qu’il s’agit là d’investissements à très long terme, à l’inverse des actions et obligations, que vous pouvez revendre sur le marché du jour au lendemain. Si vous voulez sérieusement vous orienter vers un portefeuille d'émissions 'net zéro' à l'horizon 2050, vous ne pouvez pas y maintenir des actifs qui vont vous faire dévier de la bonne trajectoire. Nous avons par exemple récemment pris une participation dans le fonds Cityforward, en collaboration avec la SFPI - Société fédérale de participations et d'investissement. Quand une rénovation est nécessaire pour adapter un bâtiment à des normes qui se rapprochent du ‘net zéro’. On inclut donc déjà, dans les contrats, des clauses qui prévoient les coûts nécessaires pour la rénovation, avec des exigences en termes de résultats à atteindre. C'est une manière de s'assurer qu'on ne va pas être exposé à un surcoût, mais aussi à la mise en péril de nos objectifs environnementaux. »

L'investissement durable est-il moins rentable ?

A. F. : « Éviter d'investir dans un secteur où les entreprises sont de fortes émettrices de gaz à effet de serre peut parfois (comme depuis début 2022) diminuer effectivement un rendement à court terme. Mais dans une vision à long terme, je ne pense pas qu'orienter son portefeuille d'investissement de manière durable coûte plus cher. »

Propos recueillis par Philippe Van Lil