Vers une meilleure reconnaissance des « psys » ?

Le vocable « psy » est trompeur. Mis dans le même sac que les médecins psychiatres et psychothérapeutes, les psychologues diplômés réclament aujourd’hui plus de reconnaissance d'une profession loin d'être figée. Maladies chroniques, « onco » ou « neuro » : leurs champs d'action se multiplient.

Les temps sont durs pour les psychologues. Non pas que la population baigne dans un équilibre psychique qui les reléguerait à une forme de chômage technique... La société n’a au contraire jamais autant compté sur eux, espéré la rédemption par la consultation et exigé des cellules de crise. Mais plus le contexte est au « tout psychologique », plus les facultés de psychologie attirent d’étudiants et plus elles déversent donc de diplômés sur le marché. Ces psychologues en herbe continuent par ailleurs de subir une double concurrence : celle des médecins – et en particulier des médecins psychiatres qui ont le privilège de pouvoir aussi prescrire des médicaments (et l’on sait à quel point le marché des antidépresseurs se porte bien) – et celle des psychothérapeutes qui ne possèdent pas de diplôme universitaire en psychiatrie ou psychologie, mais qui se sont formés à l’une des très nombreuses formes de psychothérapie existantes.

Une concurrence certes, mais est-elle pour autant déloyale ? On compte par exemple parmi les psychothérapeutes bon nombre d’assistants sociaux. Va-t-on les accuser d’incompétence parce qu’ils n’ont pas le diplôme ad hoc ? Quid des nombreux psychanalystes, qui ne sont ni psychologues ni psychiatres ? Aux dernières nouvelles, le législateur n’est pas prêt à cet ostracisme. Mais du côté des psychologues et psychiatres, on soutient qu’il faut surtout permettre au public de s’y retrouver... tout en réduisant la marge de manœuvre des charlatans. En Belgique, il ne faut pas être psychologue ou psychiatre pour être psychothérapeute. Nous conseillons donc à nos membres d’employer le double titre de psychologue-psychothérapeute afin de clarifier les choses, commente Karel De Witte, président de la Fédération belge des psychologues.

Deux projets de loi actuellement sur la table devraient tout de même permettre de faire la lumière sur cette profession : l’une entend intégrer l’aspect déontologique à l’obtention et au maintien du titre de psychologue, notamment grâce à la mise sur pied d’un conseil disciplinaire ; l’autre plaide pour la reconnaissance du psychologue clinicien comme acteur indépendant au sein du secteur de santé... ce qui devrait déboucher sur un accès plus direct à la consultation (sans passer par un médecin) et surtout à un système de remboursement plus systématique.

Métamorphose d’un rôle

S’ils sont nombreux sur le marché de l’emploi, les psychologues se sont pourtant fait une place de choix au sein des équipes hospitalières, aux côtés des médecins et des autres paramédicaux. Il y a de plus en plus de programmes de soins globaux qui font intervenir des psychologues, explique le Dr Florence Hut, médecin-chef au CHU Brugmann. Avant, la psychologie s’occupait surtout des problèmes individuels ; aujourd’hui, elle s’intéresse davantage aux interactions. Elle entretient donc aussi un autre rapport avec la médecine.

Les oncopsychologues, qui interviennent spécifiquement auprès de patients atteints de cancer, prennent une place de plus en plus importante. Il y a aussi beaucoup de psychologues impliqués dans la gestion de maladies chroniques comme le diabète. Et il y a surtout les neuropsychologues qui interviennent en gériatrie, dans la prise en charge de pathologies dégénératives. Spécialisation en vogue parmi les étudiants, la neuropsychologie a en effet acquis une place toute particulière dans nos sociétés confrontées au vieillissement sans précédent de la population.

Qui dit vieillissement de la population dit augmentation des pathologies liées au vieillissement, la maladie d’Alzheimer étant de loin la plus connue et la plus fréquente. Or, les neuropsychologues jouent aujourd’hui un rôle très important dans le diagnostic et la prise en charge de ces patients, commente Thierry Meulemans, doyen de la faculté de psychologie de l’ULg et professeur au sein de son unité de neuropsychologie. La saturation du marché existe aussi en neuropsychologie, admet-il, mais elle est en partie compensée par le fait que les neuropsychologues sont aujourd’hui engagés dans des secteurs où ils n’étaient pas engagés auparavant, comme la psychiatrie. Aujourd’hui, il existe en effet une véritable prise de conscience de l’imbrication entre la sphère émotionnelle et cognitive. Les problèmes dépressifs peuvent par exemple se nourrir des problèmes de mémoire et inversement. On le voit : la psychologie n’est donc pas une profession figée. Plus que d’autres, elle va être amenée à se réinventer au fur et à mesure des découvertes scientifiques et des besoins de la société... Il faut lui souhaiter de n’être point victime de son succès.

Commission des psychologues : www.compsy.be

Fédération belge des psychologues : www.bfp-fbp.be

De 30 € à 50 €

Le prix moyen d’une consultation chez un psychologue. De nombreuses mutualités interviennent dans le remboursement, mais de manière très partielle : en général une contribution de 10 € par séance, avec un maximum de 5 à 6 séances par an. Il est toutefois possible de consulter un psychologue à moindre coût, par exemple dans un centre de planning familial

1 700 € à 1 800 €

C’est le salaire net moyen d’un psychologue clinicien débutant en milieu hospitalier. Théoriquement, un psychologue indépendant peut prétendre à des revenus plus élevés, mais il est souvent difficile de remplir son agenda... à l’heure où les consultations sont encore en grande partie à charge du patient.

7 718

Nombre de professionnels auxquels la Commission des psychologues de Belgique a attribué le titre de psychologue, selon les conditions fixées par l’Arrêté royal du 8 novembre 1993.

Julie Luong

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