Voyage au cœur de l’ADN

La génétique et les biotechnologies bouleversent notre façon d'appréhender le vivant. Réservés à des chercheurs hautement qualifiés, les emplois du secteur de la biotechnologie médicale se diversifient. Et s’ouvrent à des candidats à l’ADN plus… commercial.

Il ne fait pas du design, il fait mieux : il coupe l'ADN et le programme au sein d’une société de biotechnologie médicale. Comment ? Avec des « ciseaux moléculaires », les méganucléases, qui ciblent spécifiquement l'endroit à couper dans le génome humain. Mon rôle consiste à remplacer, supprimer ou modifier des séquences de façon extrêmement ciblée, explique Dominique, docteur en biologie moléculaire. Dans la banlieue de Liège, son laboratoire de génétique a des allures de micro-entreprise. Sa société y a implanté son siège social et son laboratoire de développement. C'est que le secteur est porteur à Liège : 1 600 chercheurs y sont impliqués dans les centres de recherche universitaires, une cinquantaine d'entreprises y sont actives, dont dix-huit spin-offs de l'ULg, près de 6 000 emplois directs sont concernés (en comptant le Centre Hospitalier Universitaire, gros employeur) et des entreprises comme Eurogentec, Mithra Pharmaceuticals, Cambrex, Dyax ou encore MDxHealth sont de véritables success stories.

Mais au fait, qu'est-ce que la « biotechnologie médicale » ? Le résultat d'une révolution scientifique : l'essor, au début des années 80, de la biologie moléculaire. Le domaine pharmaceutique a longtemps été confiné au médicament, c'est-à-dire à la chimie, explique Leander Van Neste, directeur R&D de MDxHealth, une société spécialisée dans le diagnostic moléculaire qui développe des tests pour la détection précoce du cancer. Avec la biologie moléculaire sont arrivés des traitements médicaux et du matériel de soin qui ne sont plus chimiques, mais issus de la manipulation du vivant. C'est un travail au niveau des gènes, des protéines, qui a radicalement changé le visage de la thérapeutique. Au gré des découvertes scientifiques, de nouvelles approches thérapeutiques voient le jour et, avec elles, l'espoir de guérir certaines maladies encore incurables.

Les pionniers sont américains, comme souvent dans le domaine. Mais l'Europe a rapidement embrayé le pas. Avec ses centres de recherche, son université, ses fleurons et son vivier de startups, Liège a le profil pour devenir un des pôles européens du secteur. Le rassemblement, sur un même site, du CHU, de l'ULg et du centre de recherches Giga est un formidable atout. Et la Cité ardente a pris une longueur d'avance dans des domaines comme la thérapie cellulaire ou les biomarqueurs. Avec le développement massif des spin-offs dans les années 90, des débouchés se sont créés, observe Karin Opdecamp, consultante spécialisée dans les Sciences du Vivant, auprès du cabinet Hays.

Au-delà des macromolécules

Depuis, les progrès technologiques ont été foudroyants, raconte la consultante. Au milieu des années 90, on parlait de finir le séquençage total du génome humain d'ici 2020 ou 2030. Maintenant, il existe des séquenceurs spécialisés, qui peuvent faire la même chose en une semaine... C'est une vraie révolution, qui engendre nombre de spécialisations. Dans ces petites structures, chercheurs, biologistes moléculaires, biostatisticiens, ingénieurs industriels et techniciens de laboratoire sont en première ligne des recrutements.  En phase de recherche, les spin-offs recrutent surtout à travers leurs réseaux académiques, explique Karin Opdecamp. Limites du génome sans cesse repoussées, appareils médicaux, médicaments et diagnostics sont autant de domaines où les biotechnologies médicales pourraient vite chambouler l'économie de la santé. Et se transformer en poules aux œufs d'or. Du coup, dès qu’elles se développent, elles tendent vers d’autres profils comme des commerciaux, des Product Managers, des Business Developpers. Souvent, ce sont des PhD internes qui reprennent cette casquette. Mais dès qu’il s’agit d’affaires réglementaires ou de propriété intellectuelle, les sociétés lorgnent des profils spécialisés, qui s’éloignent du monde de la recherche, pointe la consultante.

Le secteur recherche aussi des bio-informaticiens. Leur rôle : développer des algorithmes de haut niveau, capables d'analyser les données biologiques. Ces informations sont relevées grâce à deux techniques : la puce à ADN et le séquençage à haut débit. Elles permettent de recueillir de plusieurs millions à plusieurs milliards de données. La bio-informatique est un outil prédictif. Dans la masse d'informations recueillies, il faut filtrer celles qui sont pertinentes, sans pour autant trop en éliminer, confie un geek de laboratoire. Ces profils se recrutent au compte-gouttes, tant ils sont spécialisés et rares sur le marché. Mais déjà, de nouveaux défis se dessinent. L'analyse des données se complique et il faut aussi les gérer sur des serveurs dédiés, avec des sauvegardes sur le cloud. Comme c'est un secteur dans lequel il est possible de travailler à l'étranger, la concurrence, notamment indienne et chinoise, se développe aussi.  Rafal Naczyk

45 000 €

C’est le salaire annuel brut d’un docteur en sciences biomédicales, spécialisé en biologie moléculaire. En tant que responsable R&D, il aura surtout un rôle de superviseur et sera impliqué dans de nombreux projets de développement, transfert et validation de méthodes analytiques en contrôle qualité.

70 000 €

C’est le salaire qu’il pourra atteindre au bout de quelques années, s’il évolue vers un poste de Product Manager, de Business Developer ou de chargé d'affaires en biotechnologies. Selon l'entreprise qui l’emploie, ses clients proviendront aussi bien du top 10 des industries pharmaceutiques que des spin-offs et des PME.

Une molécule sur 10 000 brevetées

sera commercialisée à l'issue d'une durée moyenne de quinze à vingt ans de développement. Inutile de dire que le taux d'échec est élevé. Ces petites sociétés gravitent dans des marchés de niche. On est loin de l'univers des blockbusters, ces médicaments qui pèsent chacun plus de 1 milliard de dollars de ventes.

1 000 $

En mai 2007, le biologiste Craig Venter a été le premier à déchiffrer la totalité de son propre génome, pour un prix de revient d'environ 1 million de dollars. Moins de deux ans plus tard, Dan Stoicescu, un riche entrepreneur roumain, a payé la société américaine Knome environ 233 000 $ pour connaître la totalité de son patrimoine héréditaire, soit l'équivalent de 3 milliards de caractères. En 2010, séquencer un génome humain coûtait 100 000 $. Il devrait bientôt revenir à 1 000 $.

4 milliards d'euros

De 1990 à 2003, les meilleurs généticiens du monde se sont penchés sur nos chromosomes pour en sortir un séquençage précis du génome humain. Vingt institutions de recherche internationales se sont réparti les 24 chromosomes humains. Le résultat de ces recherches tient dans 2 000 livres de 500 pages chacun. Un projet titanesque, car minutieux, qui a coûté 3,8 milliards d'euros au lieu des 4 milliards prévus initialement. Entre-temps, les méthodes de recherche se sont améliorées.

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