Willy Naessens (Willy Naessens Group): "La crise était aussi une opportunité"

Willy Naessens (73 ans), CEO du Willy Naessens Group

Fils de meunier, Willy Naessens est né le 14 février 1939 à Elsegem. Il quitte l’école à 14 ans pour devenir volailler, est passé à la production de nourriture pour volaille, et ensuite à la construction de poulaillers industriels. Par la suite, il diversifie ses activités dans le secteur de l’alimentation et dans la construction de piscines. Aujourd’hui, Willy Naessens dirige 27 entreprises qui emploient 1.280 employés, avec un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros.

Chaque jour de septembre, Références pose dix questions à un CEO belge de renom à propos de sa vision du futur, de son secteur et de sa carrière. Aujourd'hui: Willy Naessens, de l’entreprise de construction Willy Naessens Group.

1. Selon vous, quelles sont les cinq fonctions qui ont de l’avenir dans le secteur de la construction ?

"Sans aucune doute, les fonctions d’ingénieurs : ingénieur de stabilité, chef de projet, dessinateur de projet, sales engineer et chef de production. Ce sont les fonctions les plus cruciales pour être opérationnel. Notre stratégie est celle de l’intégration verticale ; Nous faisons tout nous-mêmes : l’étude la production et l’exécution. Il y a aussi de l’avenir pour les fonctions d’ouvrier. Tout ouvrier motivé et volontaire peut travailler chez nous jusqu’à sa pension."

2. Quels profils sont les plus adaptés pour exercer ces fonctions ?

"Nous embauchons surtout des ingénieurs civils et industriels dans l’architecture et aussi des titulaires de baccalauréat en architecture. La plupart du temps, les jeunes diplômés commencent dans une cellule de formation de notre bureau d’étude pour évoluer ensuite, en fonction de leurs capacités et de leurs intérêts. Nous avons aussi des collaborateurs de pointe qui n’ont pas de diplôme en architecture, mais qui ont réussi grâce à la passion, le bon sens et leur puissance de travail. Pour la plupart des fonctions ouvrières, aucune formation spécifique n’est requise : nous les formons nous-mêmes."

3. Peut-on trouver sur le marché du travail suffisamment de personnes avec ce profil ? Ou y a –t-il pénurie de talents ?

"Selon nous, plus d’ingénieurs pourraient être diplômés. Chaque année, le nombre de jeunes diplômés descend alors que notre demande pour ce type de profil augmente, pour pouvoir assurer notre croissance. C’est compliqué. Heureusement, il y a assez peu de démissions. Une fois qu’ils sont à bord, la plupart continuent à travailler pour nous jusqu’à leur pension. Notre service RH réussit à combler les manques et à faire en sorte que les gens se sentent bien chez nous. La pénurie sur le marché n’a pas encore influencé nos ambitions de croissances."

4. L’enseignement belge prépare-t-il assez les étudiants à ces jobs qui ont de l’avenir ?

"L’enseignement belge est de bonne qualité et les étudiants reçoivent une bonne base. L’expérience pratique, ils doivent l’acquérir dans la vie d’entreprise. Je suis aussi très partisan des longues périodes de stage en entreprise. La plupart des hautes écoles intègrent de plus en plus les entreprises dans leur formation, et c’est une bonne chose. Au Willy Naessens Group, nous avons aussi plusieurs personnes qui enseignent dans les universités et les hautes écoles et je n’arrêterais jamais cela. Je trouve très important de maintenir le contact avec les écoles."

5. Quelles sont les principales tendances dans votre secteur? Et les défis ?

"Notre principal défi pour l’avenir est de trouver suffisamment de personnes pour accomplir nos ambitions de croissance. 80% de nos embauches se font dans la liste des métiers en pénurie. Notre tendance est d’engager de plus en plus tôt. Notre directrice RH a déjà conclu des contrats d’embauche en février avec des étudiants qui seront à peine diplômé en juin ou même en septembre… Autrefois, ils signaient leur contrat lors de leur premier jour de travail."

6. Dans votre marché, où se situe le potentiel de croissance ?

"En Belgique, il y a encore beaucoup de potentiel dans la construction logistique ainsi que dans le secteur des piscines. Fin 2012, Willy Naessens Industriels ouvrira en France, à Bapaume. Nous continuons donc à nous étendre territorialement."

7. Quel projet ou défi votre entreprise doit-elle encore réaliser pour 2020 ?

"Nous voudrions réaliser une croissance annuelle de 2 à 3 %. Pour le moment, environ 1.200 personnes travaillent pour le Willy Naessens Group : nous devrons donc encore beaucoup engager pour 2020."

8. Quelle est la plus grande erreur que vous avez faite lors de votre carrière ?

"Embaucher trop tard. Je regrette encore aujourd’hui d’avoir attendu trop longtemps, lorsque j’ai commencé, avant d’engager mon comptable. Je ne fais désormais plus cette faute. Je suis entouré par de spécialistes, chacun dans leur domaine. Je suis très fier de mes collaborateurs : ils sont mon capital le plus important et sans eux, je ne serais pas là où j’en suis."

9. Selon vous, quel est la pire conséquence de la période de crise que nous traversons depuis quelques années ?

"L’incertitude. Les clients attendent le dernier moment avant de décider quoi que ce soit. Et ensuite, les projets doivent très vite être exécutés. Mais globalement nous ne pouvons pas nous plaindre de la crise, car nos travailleurs ont toujours eu du travail. Nous continuons d’engager beaucoup : La crise était une opportunité pour trouver des fonctions difficiles à trouver en temps normal."

10. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

"Bien réfléchir à l’entreprise dans laquelle ils souhaitent faire carrière. Chaque jour faire de son mieux, et le reste suivra. Je n’ai rien contre les gens qui ont de l’ambition. Notre plus jeune chef de projet n’a pas trente ans mais travaille très bien ! Je sais que les jeunes d’aujourd’hui sont parfois impatient et exigeants. Ils veulent devenir chef de projet dès leur premier jour et se balader dans une grosse voiture, mais cela ne marche pas comme ça."

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