Zoom sur les secteurs qui engageront en 2013

Zoom sur les tendances des principaux secteurs d'activité en Belgique.

Industrie technologique : près de 3 000 emplois... en pénurie

Affichant quelque 60 000 emplois en Wallonie, les entreprises émargeant à la fédération de l'industrie technologique Agoria démentent l'idée selon laquelle l'industrie est en déclin : ce volume est identique à celui de 1995. Après une chute sensible dans le sillage immédiat de la crise de 2008, l'emploi y a repris une courbe légèrement croissante en 2011 (+ 1,1 %), avant de se tasser cette année et de poursuivre, probablement, sur cette lancée l'an prochain.

Même en période de basse conjoncture, nos entreprises continuent de recruter, souligne-t-on avec force chez Agoria. Près de 3 000 fonctions seront à pourvoir l'an prochain, compte tenu du remplacement des collaborateurs en partance, mais aussi des pénuries persistantes pour de nombreuses fonctions. La fédération, qui multiplie les actions de formation et de sensibilisation, énumère donc les besoins.

Du côté des techniciens, le marché serait capable d'absorber cinq fois plus de techniciens d'usinage que les soixante-cinq diplômés chaque année en Wallonie à Bruxelles. Les soudeurs ? Deux cent cinquante diplômés, alors qu'il en faudrait trois fois plus. Et il ne s'agit que d'exemples puisque les entreprises recherchent aussi des techniciens en maintenance, des automaticiens, des électriciens industriels, entre autres.

S'agissant des ingénieurs, la pénurie reste d'actualité puisqu'il en faudrait 50 % de plus que les 585 diplômés l'an dernier, alors que les inscriptions (1 072) n'ont augmenté que de 2 % cette année. Si les inscriptions sont davantage en hausse (de 12 %) chez les ingénieurs industriels (1 190), le nombre de diplômés (435) devrait doubler pour répondre aux besoins. Les domaines les plus recherchés ? Mécanique, électromécanique, matériaux, électronique, TIC…

Quant aux informaticiens, le déficit structurel atteindrait 10 000 personnes à l'échelle nationale. Parmi les profils les plus porteurs, relevons ceux de Business Consultants, gestionnaires de projets, développeurs solutions/applications, notamment.

Gaz et électricité : le vert donne le ton

Pesant près de 20 000 emplois, les entreprises du gaz et de l'électricité continueront cette année de se tourner vers les profils techniques, qualifiés. Dans la ligne de mire : des ingénieurs, des électriciens, mais aussi des électromécaniciens et des informaticiens, entre autres. Parmi les niches les plus intéressantes : les technologies vertes, bien entendu, sans que la maîtrise de celles-ci constitue pour autant un « must » au recrutement vu qu'il s'agit de technologies émergentes. En clair : les compétences essentielles en la matière sont surtout acquises en interne, qu'il s'agisse de l'énergie photovoltaïque ou de l'énergie éolienne (en offshore... qui a le vent en poupe), notamment.

Les perspectives pour l'année 2013 varient cependant quelque peu selon les secteurs. Les entreprises membres de notre fédération envisagent de recruter environ 700 personnes au premier semestre 2013, dit-on chez Synergrid, la fédération des gestionnaires de réseaux d'électricité et de gaz, qui sont donc actifs dans leur transport et leur distribution. Une partie de ces nouveaux collaborateurs compenseront les départs naturels, mais d'autres recrutements se justifieront par le développement des activités, poursuit-on chez Synergrid, dont les membres emploient actuellement quelque 9 800 collaborateurs.

Le propos est un peu plus mitigé du côté de Febeg, la fédération belge des entreprises électriques et gazières qui emploient quant à elles quelque 8 500 collaborateurs. Là aussi des recrutements seront effectués, mais davantage dans une perspective de remplacement. Nos entreprises sont victimes de la faiblesse de la conjoncture, des incertitudes relatives à la politique énergétique en Belgique et de l'augmentation des importations d'énergie en provenance de l'étranger, dit-on chez Febeg. Qu'à cela ne tienne, de bons ingénieurs ou techniciens polyvalents y rencontreront, très probablement, une oreille attentive.

Banques et assurances : le changement, c’est maintenant

Fermetures d’agences, plans de restructuration… Sale temps pour les groupes bancaires. Alors, lorsqu’elle parle d’emplois à pourvoir en 2013, Febelfin (la fédération belge du secteur financier) préfère prendre des pincettes et évoque, en étant très prudent, 3 000 à 4 000 recrutements pour l’année à venir.

Pour des profils variés : gestionnaires de risque, commerciaux, spécialistes juridiques, fiscalistes, analystes… Aussi bien pour le front- que pour le back-office. Il y a de la place pour les jeunes et pour les personnes expérimentées, estime Rodolphe de Pierpont, porte-parole. Actuellement, l’heure n’est pas à la pénurie, mais au moins à la forte demande. À l’avenir, il y aura beaucoup de changements : l’intégration de nouvelles directives, la protection des consommateurs, le financement de l’économie, le recentrement des activités vers les métiers de base de la banque, à savoir la collecte de l’épargne et l’octroi de crédits… Tout cela nécessite de commencer à s’adapter aujourd’hui. 

Le monde des assurances est, lui aussi, amené à redessiner son futur. Pas à la suite de la crise, mais bien pour une raison interne : le vieillissement de ses cadres. Notre pyramide des âges ressemble à une montgolfière !, sourit Isabelle Bastien, conseillère chez Assuralia, union professionnelle des entreprises d’assurances.

Le secteur, qui représente environ 24 000 travailleurs, recrute chaque année entre 1 000 et 1 200 talents. On a fait le calcul : à politique inchangée, d’ici 2015, 30 % du personnel aura 60 ans. En 2020, 7 500 personnes partiront à la retraite. Il faudra donc les inciter à travailler plus longtemps, mais aussi attirer les jeunes dès à présent pour que la transmission puisse s’opérer graduellement. 

Des fonctions critiques : comptables, informaticiens, actuaires. Notre branche d’activité est peu connue des jeunes. Pourtant la liste de nos métiers ne se limite pas à celui de courtier !

Construction : 8 000 recrutements, de plus en plus spécialisés

Même atténuées par rapport au « boom » des années 2000-2008 qui avait vu l'emploi passer de 53 000 à 63 000 personnes au sud du pays, les perspectives dans la construction restent favorables : quelque 8 000 recrutements prévus l'an prochain, essentiellement en vue du remplacement de collaborateurs sur le départ.

Plusieurs facteurs agissent en sens opposé, commente Francis  Carnoy, directeur général de la Confédération de la construction wallonne (CCW). Du côté négatif, nous subissons la faiblesse de la conjoncture et la disparition de nombreuses primes publiques. Nous constatons aussi une recrudescence, inquiétante à nos yeux, de la concurrence d'entreprises en provenance de l'Europe de l'Est qui, en tant que sous-traitantes, profitent de coûts salariaux sensiblement moins élevés que les nôtres. 

Structurellement, cependant, le secteur reste porté par la croissance démographique, tant à Bruxelles qu'en Wallonie : 200 000 logements neufs seraient à construire dans les quinze ans dans la seule partie sud du pays. Les besoins sont énormes également sur le plan de la rénovation du bâti existant, poursuit Francis Carnoy. Des milliers de travailleurs suivent actuellement des formations, dans le cadre de l'Alliance emploi-environnement, afin d'acquérir les techniques les plus avancées en matière de réduction de consommation d'énergie. 

De fait, les profils qui intéressent les entreprises sont de plus en qualifiés. Les plus recherchés ? Les ingénieurs civils ou industriels, bien sûr, mais aussi de multiples profils techniques qui vont de l'installateur de panneaux photovoltaïques ou de pompes à chaleur au spécialiste de l'isolation en passant par les couvreurs, carreleurs et même maçons, notamment. Nombre d'acteurs dans ce secteur sont indépendants ou actifs dans le cadre d'entreprises de moins de dix personnes, souligne Francis Carnoy. On peut donc, assez facilement, s'y créer son propre emploi pour autant qu'on soit bien formé.

Commerce et services: des embauches qui tournent au ralenti

Ceci est un ralentissement. Pas un crash ni une descente aux enfers… Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos (la fédération du commerce et des services) se veut réaliste, mais pas alarmiste. Oui, le secteur a connu ces derniers mois un tassement à cause de la crise perçue, comme il aime à la définir. En juin, on en était à 1 300 nouveaux jobs créés, ce qui devrait faire un total d’environ 2 000 d’ici la fin 2012. Moins que les 3 000 nouveaux emplois annuellement générés (sur un total de 30 000 à 40 000 postes à pourvoir). Mais on reste quand même dans le positif. Surtout, il y a depuis 2010 plus de contrats à temps plein qu’à temps partiel, contrairement à ce que l’on entend souvent. 

Même si le secteur devra faire face à plusieurs défis en 2013 et au-delà (contrer la concurrence étrangère, maîtriser le développement de l’e-commerce, encourager les PME à se renouveler...), le rythme des embauches devrait continuer à suivre le même tempo.

Bien sûr, on recherche des vendeurs par milliers et des tas de responsables de magasins. Mais il y a aussi tous les métiers que l’on ne voit pas, décrit-il. Visual merchandisers, acheteurs, boulangers, bouchers, responsables du contrôle qualité… Même des vétérinaires, des diététiciens, des photographes… Sans oublier les fonctions liées à l’e-commerce, en plein boom ces derniers mois. Informaticiens, designers, agents de logistique…  

Des postes ouverts tant aux profils débutants qu’expérimentés. Sur les 400 000 personnes qui travaillent dans cette branche, un peu moins de 20 % sont peu qualifiées tandis que 20 % sont au contraire très qualifiées. C’est un domaine qui peut offrir très rapidement des responsabilités, note Dominique Michel. Et de prédire : En 2013, notre activité va se stabiliser. Je ne pense pas qu’il y aura de licenciements massifs ou de pertes d’emplois.

Secteur pharmaceutique : 250 postes ouverts en permanence

D’un côté, il y a les malades. Qui, crise ou pas crise, doivent continuer à se soigner. Mais de l’autre, il y a la sécurité sociale. Donc l’État qui, ces derniers temps, est forcé de jouer à l’équilibriste budgétaire. Et qui met le secteur pharmaceutique sous tension. Celui-ci se retrouve dès lors pris entre deux feux. Pas de grande inquiétude, mais pas de réjouissance non plus.

Ce qui se traduit, point de vue emploi, par une stagnation depuis 2007, mais pas une baisse. S’il n’y a plus de croissance, cela s’explique par une diminution des fonctions commerciales au profit d’une augmentation de fonctions dans la recherche et développement, observe Christine Vanormelingen, directrice de la communication de la fédération Pharma.be.

Ce qui n’empêche pas cette branche d’activité d’être en permanence en quête d’environ 250 nouvelles recrues au niveau national. Entre 100 et 200 postes sont ouverts dans le sud du pays, souligne Bernard Broze, administrateur délégué d’essenscia Wallonie et Bruxelles, organisation multisectorielle représentant les entreprises actives dans la chimie et les sciences de la vie.

C’est que le « pharma » souffre d’un manque de vocation chez les jeunes. L’heure n’est pas à la pénurie, mais au moins au déficit de recrutement. Pharmacologues, bio-ingénieurs, ingénieurs civils, ingénieurs en électromécanique, experts qualité, ouvriers de production, employés en laboratoires… Autant de denrées rares mais particulièrement appréciées dans ce domaine, que ce soit pour la recherche ou pour la production. Une branche d’activité ayant particulièrement le vent en poupe ? La biotechnologie, répond Bernard Broze. Une voie très favorisée pour l’avenir. 

Un avenir qui s’adresse tant aux profils fraîchement diplômés qu’aux travailleurs qualifiés. Tout dépendra des fonctions, affirme Christine Vanormelingen. Certains postes s’adressent aux titulaires d’un master, parfois aux doctorants, mais il y a aussi beaucoup de bacheliers. Le secteur est l’un de ceux possédant le taux de formation le plus élevé. Les jeunes ont donc la possibilité de se développer.

Le SPW recrutera 282 fonctionnaires, la Défense 1 830 personnes

Séduit par une carrière au sein des services publics ? Vous n’êtes pas le seul. La fonction publique a la cote, surtout auprès des francophones. Depuis 2008, le Selor, le bureau de sélection du service public, enregistre des taux records de candidatures. En 2011, le nombre de candidats par poste avait déjà augmenté de 42,7 % par rapport à 2010. Entre janvier et août de cette année, le nombre de candidatures à des postes dans la fonction publique a augmenté de 17 %. Malgré cet afflux, l’administration fédérale ne recrute pourtant pas à tour de bras. Ses budgets sont plus restreints, ses besoins en termes de profils sont plus pointus. Et, selon la volonté du gouvernement, seul un départ à la retraite sur trois est remplacé par un nouvel engagement. Malgré tout, des plans d’engagements sont à l’œuvre. Le Selor indique que le SPF Finances continuera à recruter des criminologues, des juristes, des masters et des bacheliers. Ailleurs, les besoins porteront sur des ingénieurs, des profils techniques et médicaux, des inspecteurs ou encore des agents pénitentiaires. Mais pour la majorité des services publics fédéraux, impossible d’estimer le nombre de recrutements tant que leurs budgets ne sont pas validés.

Seule certitude : avec 1 830 postes ouverts, c’est la Défense qui sera le plus grand recruteur du secteur public. Dès janvier, l’armée cherchera à embaucher 130 civils à travers le Selor et 1 700 militaires, dont 1 017 néerlandophones et 683 francophones. Objectif : rajeunir les troupes. Concrètement, l'armée recrutera 855 soldats et matelots (dont 345 francophones), 515 sous-officiers (206 francophones), 175 officiers (70 francophones). Pour les fonctions spécialisées, la Défense recrutera sur base du diplôme. Ingénieurs industriels, juristes, médecins, dentistes ou encore pharmaciens et officiers de marine seront particulièrement recherchés. Pour les soldats, le recrutement est continu. Enfin, quelque 155 places sont aussi disponibles sous le statut d'engagement volontaire militaire (EVMI), pour des jeunes qui souhaitent une expérience militaire de courte durée (de 24 à 48 mois) : cinq officiers, dix sous-officiers et 140 soldats et matelots.

En Wallonie, la demande ne désempile pas. Au cours du premier trimestre 2013 dans le meilleur des scénarios (voire fin du premier semestre si les procédures prennent un peu de retard), le SPW s’apprête à enrichir ses rangs d’environ 282 nouveaux fonctionnaires. Des concours seront lancés pour le recrutement de 130 diplômés du secondaire en dessin technique, construction, électricité et électromécanique, tandis que 60 bacheliers en construction seront également recherchés. Tout comme 40 ingénieurs civils et 40 ingénieurs industriels, 10 informaticiens et même deux médecins.

L’exception qui semble confirmer la règle actuellement en vigueur dans le secteur public : les plans d’engagement semblent se faire rares. Nombre de services auraient déjà atteint – voire dépassé – le nombre maximal de personnel engagé et seraient contraints de miser sur le reclassement interne pour combler les postes vacants. Lorsque cela se révèle nécessaire, d’autres préféreraient piocher épisodiquement dans les réserves déjà élaborées sans passer par l’organisation de nouveaux concours.

Enfin, pour les provinces, villes, communes et CPAS, le problème est parfois simplement politique. Les conseils provinciaux et communaux venant à peine d’être installés à la suite des élections du 14 octobre dernier, rares sont ceux qui auraient déjà fixé une politique claire et sur le long terme en matière de recrutement. Ajoutez à cela la disette économique qui n’épargne personne…

Cela n’empêche pas certaines villes de vouloir étoffer leurs troupes. Comme Charleroi, qui vient d’embaucher 50 nouveaux travailleurs et qui s’apprête à engager un technicien, un infirmier, un puériculteur… Ou encore Namur qui, pour 2013, recherchera une dizaine de nouveaux collaborateurs (électromécaniciens, gardiens de la paix, ingénieurs, moniteurs sportifs, éducateurs…).

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